Roel Pieper et John Duerden, respectivement président du Conseil de surveillance et CEO de Lernout & Hauspie (L & H), ont dû passer leur week-end à écouter le célèbre «I Will Survive», le tube disco des années 70. Car tel était le refrain dominant de leur prestation, lundi, devant la presse belge et internationale. Trois jours après avoir obtenu de la justice belge un «concordat», qui met l'entreprise provisoirement et sous condition à l'abri de ses créanciers, les nouveaux dirigeants de cet ancien fleuron technologique tombé en disgrâce pour malversations présentaient les grandes lignes de leur plan pour rendre L & H «économiquement profitable à long terme».

Fortement présente aux Etats-Unis depuis le rachat de Dictaphone, qui lui a ouvert ce marché mais qui l'a criblée de dettes, la compagnie d'Ypres, en Flandre, est désormais sous la protection de la loi. Outre-Atlantique, elle a obtenu les grâces du «Chapter 11». Vendredi, le Tribunal de commerce d'Ypres accordait un sursis de cinq mois: le temps pour la nouvelle direction de présenter un plan de restructuration crédible, de trouver un financement et de convoquer, avant le 1er mars, une assemblée générale extraordinaire des actionnaires afin, bien sûr, de rendre des comptes sur les faux bilans gonflant le chiffre d'affaires de plus de 30% pendant près de trois ans, et sur la disparition d'au moins 100 millions de dollars.

Pour survivre, le groupe spécialisé dans la reconnaissance vocale a présenté un plan reposant sur quatre piliers. Première fondation, et la plus importante: le plan marketing. «Nous allons nous concentrer sur quatre domaines d'activité, explique John Duerden: la reconnaissance vocale, la conversion du texte en paroles, la recherche de données grâce à des informations audio et la traduction automatique.» Sept marchés ont été sélectionnés: notamment le médical – l'une des spécialités de L & H héritée de Dictaphone, qui génère 120 millions de dollars de chiffre d'affaires; les «call centers» (plus de 100 millions de CA); le «mobile» – reconnaissance et activation de et par la voix pour les téléphones, dialogue avec son automobile, etc.; la traduction vocale pour Internet; la recherche de licences pour des brevets.

Deuxième mesure: diminuer les coûts. «Cela passe inévitablement par des suppressions d'emplois. Mille cent quarante-quatre pour être précis sur un total de 4500, soit 25% des effectifs», précise John Duerden, qui ajoute ne pas «avoir eu le choix».

Troisième opération: assurer le financement. Vingt millions de dollars débloqués par l'américain GE suffisent à court terme. Pour le long terme, L & H discute avec ses banques (qui, ensemble, ont une créance impayée chez L & H de 430 millions de dollars). La cession de certaines filiales est envisagée. Enfin, il faut conserver les meilleurs salariés, ceux qui assurent l'avenir technologique de l'entreprise.

Lourdes pertes prévues

Ce plan court sur douze à dix-huit mois, rappellent ses concepteurs. Lundi, ils refusaient de livrer des chiffres prévisionnels. Roel Pieper – ancien vice-président de Philips, qui tente de sauver L & H «parce que certains actionnaires, comme Microsoft et Intel, me l'ont demandé» – s'est contenté de rares indications: plus de 380 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2000, et 17% du CA de 2001 investis en recherche et développement. Histoire de dire: «Vous voyez, nous continuons à investir dans des produits d'avenir.» Mais certaines indications livrées à la justice belge ont filtré. L'an prochain, L & H perdra 25 millions de dollars. Le retour aux bénéfices opérationnels est prévu en 2002, avec 38 millions avant impôts, et 108 millions en 2003.

En guise de conclusion, une remarque de John Duerden, que les défenseurs de la Nouvelle Economie apprécieront: «Nous ne sommes pas une société.com. Nous produisons une technologie respectée. Nous avons une clientèle importante (30 000 clients) et des actifs de valeur.»