«Avec les protéines, on augmente son attention»

Questions à Virginie Terrier, nutritionniste, qui dirige Efficium, clinique genevoise spécialisée dans la gestion du stress et l’alimentation en entreprise.

Le Temps: Qui sont vos clients?

Virginie Terrier: Nos clients sont des multinationales, des banques, ou des petites entreprises. Des milieux où les personnes sont stressées et sur des travails postés. Nous travaillons aussi auprès d’hôtels pour leur personnel de nuit. Nous les aidons à rester vigilants la nuit grâce à la nourriture. Nous intervenons auprès des écoles et de l’Université de Genève où nous donnons des conférences aux étudiants pour leur bien-être.

– Quel lien faites-vous entre alimentation et performance au travail?

– L’alimentation est directement liée à la performance au travail. Souvent, les gens pensent qu’on va leur dire des banalités du type: «mangez des légumes» ou «mangez équilibré». En fait, on leur explique le schéma du stress, lequel est alimenté par des neurotransmetteurs dans le cerveau, eux-mêmes construits par ce que nous mangeons. Pour résumer, si on mange mal, c’est-à-dire trop sucré et trop gras, on est plus faible en situation de stress et on arrive facilement à un état d’épuisement. Si on mange bien, on résiste mieux et on est surtout plus performant.

– Et qu’est-ce que «bien manger» au travail, selon vous?

– Bien manger, c’est prendre suffisamment de micronutriments (acides aminés, vitamines) qui vont booster notre système immunitaire, et notre capacité neuronale. Notre approche se base sur la neuro-nutrition, une branche récente de la micronutrition. L’idée est d’aider les neurotransmetteurs, les molécules qui transmettent les messages d’un neurone à l’autre, à mieux fonctionner. A travers l’alimentation, on travaille sur trois neurotransmetteurs: la noradrénaline, la sérotonine, et la dopamine qui est impliquée dans la motivation et le démarrage de la journée.

– Concrètement, quels sont vos conseils alimentaires?

– Mangez plus de protéines le matin (œufs, fromage blanc, ou protéines végétales) et surtout moins de glucides (sucres rapides). Avec les protéines, on augmente son attention et sa concentration car on augmente la dopamine et la noradrénaline. Si on inverse ce ratio en consommant plus de glucides le matin, on a un effet relaxant et calmant. On se sent calé mais on diminue la concentration et on augmente sa vulnérabilité au stress. Je recommande donc de fortement protéiner le petit déjeuner. Le midi, encore des protéines, avec des légumes. L’après-midi, les choses s’inversent, il faut plus de sucres. Pour le goûter, je conseille des aliments naturels comme les fruits ou les baies, très riches en micronutriments. Et le soir, des céréales et des sucres lents relaxants pour nous préparer au sommeil.

– Avec ce type d’alimentation, vous observez des résultats chez les salariés?

– Ils se sentent plus dynamiques, moins sujets à l’endormissement. La plupart consomment un petit déjeuner trop sucré. On se sent alors fatigué en milieu de matinée et à midi, on se jette encore sur les sucres. C’est un cercle vicieux.