Stonehage est l'une des plus grandes sociétés totalement indépendantes au monde spécialisée dans les family offices, avec 337 employés dont 125 à Neuchâtel. Une société de croissance, qui prévoit d'ouvrir un bureau à Genève au printemps 2009.

Frédéric Carbonnier, un des directeurs, explique au Temps qu'en cette période de turbulences l'objectif des clients - principalement des familles d'entrepreneurs internationaux - consiste avant tout à préserver leur patrimoine. Leur première tâche était de sortir de positions à risques, des actions et de hedge funds ayant un fort levier. Mais cette stratégie dépasse une allocation particulière du portefeuille. «Beaucoup de clients se font du souci sur la solidité des banques dépositrices. Les plus sensibles -une petite minorité- ont changé d'établissement ou diversifié leurs avoirs afin de n'avoir au plus que 10% des avoirs dans une seule banque.» La protection des dépôts se traduit par l'achat de fonds monétaires (money market funds). Il s'agit de regroupements d'actifs variés (bons du Trésor, obligations, dépôts), un équivalent à des liquidités visant à éviter ce que les financiers nomment le «risque spécifique». Personne ne pourrait de toute manière se prémunir contre une crise généralisée, ajoute-t-il.

Les portefeuilles de la plupart des clients, hors de leurs actifs dans leur entreprise ou dans des immeubles, sont très liquides. Certains investisseurs avisés sont même très liquides.

Besoin d'une vaste réforme

«La confiance prendra du temps à revenir. Elle reviendra et se placera dans l'économie réelle, ce qui est le plus important, car la finance doit être le reflet de l'économie réelle», déclare Frédéric Carbonnier. Les cours actuels des actions sont des opportunités. Et Warren Buffett, le plus grand investisseur actuel, investit 3 milliards pour saisir ce qu'il nomme une opportunité séculaire. Son horizon d'investissement est de 25-30 ans et dit que «2008 sera compris comme le moment où des fortunes énormes se seront faites». La plupart des investisseurs vont attendre toutefois que la confiance revienne avant de se lancer. «Pour y parvenir, il faut un colmatage temporaire du marché interbancaire, selon lui. Les autorités du G8 doivent parler d'une seule voix et fixer des règles du jeu capables de recréer des échanges en toute confiance entre acteurs. La gestion nationale de la crise ne suffit pas.»

Le consensus doit être global: «Le plan britannique de garantie des prêts interbancaires pourrait être une solution pour d'autres», propose-t-il. C'est alors que des investisseurs institutionnels, poids lourds sur le marché, pourront inverser la tendance. L'accélération ultérieure peut être spectaculaire. Dans un deuxième temps, il faudra présenter une réforme du système qui évite les excès causés par le manque de transparence et l'irrationalité de certains acteurs financiers.