Les actions sont sous-évaluées. Pourtant personne n'achète. «Chacun attend que le voisin soit le premier», selon Tobias Levkovich, stratège du marché américain pour Citigroup, lors de la présentation des perspectives 2009, à Zurich. «Le sentiment de marché souligne une forte anxiété, mais ce n'est pas encore la panique», déclare l'analyste.

Pas de déflation

Bon marché les actions? Le rendement du dividende des actions européennes est si attractif qu'il concurrence celui des obligations. En Europe, il s'apprête à dépasser le multiple des bénéfices (PER). «Le marché a adopté la déflation comme scénario principal», déclare Jonathan Stubbs, stratégiste européen de la banque.

L'institut estime possible d'assister à un découplage entre le comportement des actions et une conjoncture qui restera très mauvaise jusqu'au deuxième semestre 2009. La banque s'attend à une récession et à une forte baisse des taux d'intérêt (1% fin 2009 en Europe). Mais les stratèges ne partagent pas les attentes d'un scénario de dépression, ni la répétition de l'expérience japonaise d'une déflation qui s'égrène durant dix ans. Les autorités nippones avaient tardé à réagir au contraire des Etats-Unis. La culture est également différence. Les Japonais ont un comportement homogène alors qu'aux Etats-Unis l'individualisme est prépondérant: «Ton problème, c'est mon opportunité», résume Tobias Levkovich.

L'évaluation des actions est très basse, mais les experts ne recommandent pas les actions à l'achat les yeux fermés à cause des futures déceptions sur les bénéfices. Durant les récessions, en moyenne la baisse du bénéfice, du sommet au plus bas, atteint 25% sur 25 mois. Aujourd'hui, le recul est de 10% et devrait se creuser jusqu'à 40-50%, selon Michael Jynson, chef stratégiste sur les actions. Il parvient à ce résultat en extrapolant la plus basse rentabilité des fonds propres de 2002. Selon ce calcul, les attentes doivent encore baisser de 30%. Mais les actions ont coutume de repartir à la hausse avant que les analystes aient fini d'ajuster à la baisse leurs attentes.

Au plan global, aujourd'hui les actions ont un PER (ratio cours/bénéfice) identique à la décennie 1970, celle de la hausse de l'inflation.

L'indice Dow Jones à 10 000

Les experts s'attendent à une hausse des indices boursiers dans le courant de l'année 2009. L'indice Dow Jones par exemple devrait remonter à 10 000 points à la fin 2009. Mais ce sont les actions européennes que les analystes préfèrent. La prudence de Citigroup se traduit par la recommandation des sociétés les moins endettées et les moins cycliques. Attention à ce terme. Tout le monde se méfie de la consommation, en raison de l'augmentation attendue du taux de chômage, mais les entreprises des biens d'équipement devraient souffrir entre 3 à 5 fois davantage.

En Asie, le dollar est le critère majeur à observer. S'il baisse, une procession de «réflation» s'installe et les actions s'apprécient. Citigroup recommande Hongkong, Taïwan, la Corée et la Malaisie.