Gestion

Prudence requise sur les taux fixes

En 2018, la prudence sera impérative pour les investisseurs obligataires. A la quête de rendement, il faudrait préférer les stratégies de valeur relative

Sur le plan macroéconomique, la phase actuelle de croissance synchronisée devrait se poursuivre l’année prochaine et, pour les marchés développés, cette croissance pourrait même s’avérer légèrement supérieure à ce qui est attendu. L’inflation, qui se situe actuellement au-dessous des objectifs des banques centrales (Etats-Unis, Europe, Japon) pourrait regagner en vigueur du fait de la résorption de l’écart de production. Aux Etats-Unis, sa hausse pourrait même surprendre le marché du fait qu’elle est alimentée par plusieurs facteurs.

A 4,1%, le taux de chômage est faible alors que le rythme mensuel de création d’emploi (170 000) reste soutenu. Cette évolution devrait donc déboucher sur des hausses de salaires, inflationnistes par nature. A cette pression s’ajoutent la faiblesse relative de la devise américaine ainsi qu’un cours du pétrole orienté à la hausse. En effet, la réduction de la production des membres de l’OPEP ainsi qu’une forte demande ont amené à un déstockage et se sont traduites par une hausse du cours du Brent.

La surprise ne viendra pas des banques centrales

Du côté des banques centrales, la sortie de la politique d’assouplissement quantitatif devrait se faire progressivement et sans grande surprise. La Fed prévoit de ramener son bilan de 4500 milliards de dollars à 3 milliards fin 2021. D’ici à la fin 2018, nous tablons sur quatre hausses de taux plutôt que les deux à trois anticipées par le marché. En ce qui concerne la BCE, elle prévoit de réduire ses achats mensuels de titres de 60 à 30 milliards par mois l’année prochaine et ce possiblement jusqu’en 2019. Au Japon, la politique de contrôle de la courbe des rendements devrait rester en place jusqu’en avril 2018, qui marquera la fin du mandat de Haruhiko Kuroda, gouverneur de la banque centrale.

D’un point de vue macroéconomique, il est à craindre qu’une évolution moins favorable qu’anticipée ne débouche sur des mouvements plus marqués des actifs financiers. L’accroissement des rendements des obligations gouvernementales américaines pourrait se traduire par une réorientation des portefeuilles des investisseurs vers des actifs moins risqués. Quel sera l’impact de ces évolutions sur les différents segments des marchés obligataires?

Aux Etats-Unis, les emprunts d’Etat à dix ans offrent un rendement de 2,3% qui pourrait augmenter d’environ 50 points de base. Ils représentent aujourd’hui le segment le plus cher du marché et leur potentiel est donc limité. De même, il y a lieu de faire preuve de prudence vis-à-vis des titres de moins bonne qualité et en particulier en ce qui concerne le haut rendement américain. En effet, la qualité des débiteurs tend à se détériorer du fait de la hausse de leur endettement.

Opportunités dans la dette émergente

En revanche, la dette en monnaies locales d’un certain nombre de marchés émergents pourrait s’avérer plus intéressante. C’est le cas du Brésil, de la Russie et du Mexique qui sortent de la récession et renouent avec la croissance économique. En ce qui concerne les devises, le dollar américain devrait être privilégié par rapport à l’euro ou au yen. Cependant le potentiel le plus intéressant se trouve dans les devises émergentes.

Si l’on part du constat que les banques centrales des marchés développés se dirigent vers des politiques monétaires moins accommodantes mais qu’elles partent de situations différentes et que leurs politiques n’évolueront pas au même rythme, alors de nouvelles opportunités devraient se présenter pour les stratégies en valeur relative. Par exemple, les obligations en dollars devraient sous-performer les obligations en euros, notamment du fait que le différentiel d’inflation aura tendance à s’accroître. Sur le plan de la dette d’entreprises, le secteur financier pourrait être intéressant puisqu’il devrait bénéficier de la pentification de la courbe des rendements. Au contraire, le secteur industriel, en particulier pour les entreprises exposées à la consommation et donc à la mutation du commerce de détail, dispose d’un potentiel limité.

Globalement, les investisseurs obligataires devraient faire preuve de prudence car il n’est pas impossible que le cash offre des rendements supérieurs aux obligations, du moins sur le marché nord-américain. Il suffirait d’une augmentation de 20 points de base des taux des fonds fédéraux (Fed funds) pour déclencher une vague de ventes. Par conséquent, il est également important de réduire la duration des portefeuilles. En effet compte tenu de l’incertitude actuelle, le moindre événement ou surprise négative pourrait avoir des conséquences très déstabilisatrices sur des marchés où l’on peut craindre un effet de domino amplifié par le fait que de nombreux investisseurs se sont exposés à des risques, notamment sur le haut rendement, pour des raisons de recherche de performance et non dans l’optique d’un investissement stratégique sur le long terme.

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