Au quatrième voyage de Christophe Colomb, en 1502, son fils Ferdinand relate cette rencontre au large de l’île de Guanaja. Une pirogue «aussi longue qu’une galère», montée par 25 rameurs, amena «toutes sortes de marchandises», dont «beaucoup d’amandes grillées utilisées en guise de monnaie en Nouvelle Espagne. Les indigènes semblaient en faire grand cas. Quelques-unes étant tombées à l’eau, tous essayaient de les ramasser comme s’ils avaient perdu un œil.»

Originaire du Haut-Amazone, le cacaoyer était cultivé en Amérique centrale près de 1000 ans avant l’ère chrétienne. La région de Sonocusco, au pied de la sierra de Chiapas, en est souvent considérée comme le berceau.

Les Olmèques, anciens habitants du Mexique actuel, buvaient déjà du chocolat. Les Mayas répandirent le cacaoyer le long de leurs routes commerciales. Ils grillaient les fèves, les broyaient, les mélangeaient avec des piments, des herbes et du miel sauvage pour en faire une boisson utilisée lors de cérémonies religieuses. Celle-ci n’était toutefois pas le seul usage du cacao. Ceux qui le récoltaient mangeaient aussi la pulpe, fraîche et nourrissante. On en extrayait parfois le beurre, et il est probable qu’une pâte solide, sans doute moins douce que celle que nous connaissons, en était extraite.

Les fèves de cacao servaient aussi de monnaie, célébrée ainsi par l’humaniste Pierre Martyr d’Anghiera en 1521: «Oh, heureuse monnaie, qui procure au genre humain une potion si délicieuse et utile, tout en maintenant ceux qui te possèdent à l’abri de cette peste infernale qu’est l’avarice, puisqu’on ne peut t’enterrer ni te conserver très longtemps!»

Parmi les conquistadores espagnols, tous ne trouvèrent pas si «délicieuse» cette potion au goût amer. Fernandez de Oviedo la juge «saine» mais ajoute: «C’est ainsi qu’ils en boivent; comme on dirait qu’ils boivent des ordures, cela semble dégoûtant à celui qui n’en a pas bu […]: une partie de cette écume reste autour des lèvres; quand elle est rouge, parce que colorée au roucou, elle semble horrible parce qu’elle ressemble à du sang; quand elle n’en contient pas, elle paraît marron; d’une façon ou d’une autre, c’est un sale spectacle qui s’offre à la vue.»

Commerçants ou moines comprirent l’intérêt qu’il y avait à ramener cette marchandise en Europe. Dès 1540, le cacao traverse l’Atlantique en quantités croissantes et devient un breuvage si prisé à la cour d’Espagne, puis dans celles d’Europe, que la papauté disserte longuement sur la question de savoir s’il faut le considérer comme boisson (non soumise au jeûne) ou comme aliment solide.

Madame de Sévigné manifeste à l’égard du chocolat des sentiments ambivalents d’addiction et de détestation, écrivant un jour à la comtesse de Grignan: «La marquise de Coëtlogon prit tant de chocolat, étant grosse l’année passée, qu’elle accoucha d’un petit garçon noir comme le diable qui mourut.»

Mais le cacao est aussi intimement lié à la sombre histoire de l’esclavage par le sinistre commerce triangulaire des bateaux qui amenaient des produits manufacturés en Afrique, y chargeaient les esclaves noirs; ceux qui survivaient au voyage travaillaient dans les plantations dont on ramenait les fèves en Europe.

A lire: Nikita Harwich, «Histoire du chocolat», Ed. Desjonquères.

Mort Rosenblum, «Le Chocolat», Ed. Noir sur Blanc.