Quand la bataille s'annonce rude, il vaut mieux partir avec un maximum de cartouches. C'est la stratégie qu'applique le britannique Psion dans sa lutte contre l'américain Palm Pilot. Dernier épisode en date, les Anglais prévoient d'introduire en Bourse Symbian, firme dont ils détiennent 28% aux côtés de prestigieux partenaires, à savoir les trois principaux fabricants de téléphones portables (Ericsson, Nokia et Motorola) et le spécialiste japonais de l'électronique de loisirs Matsushita.

L'enjeu est de taille: Symbian développe et fabrique le système d'exploitation EPOC pour terminaux portables. Ce produit concurrence le système que Palm Pilot tente d'imposer avec l'appui de son puissant allié, Microsoft. Chacun des deux camps veut imposer sa norme technologique pour la téléphonie de troisième génération permettant l'accès à Internet. Alors que de plus en plus de connnexions au Net se feront grâce à des équipements sans fil, la course aux parts de marché a commencé. En avril, Symbian avait marqué des points, puisque Sony l'avait choisie pour équiper ses prochaines générations de terminaux mobiles.

Dans ce contexte, l'accès à de nouvelles sources de financement devient crucial. Une introduction en Bourse pourrait valoriser Symbian entre 7,5 et 8 milliards de dollars, selon les analystes. Outre la possibilité de lever des fonds, une telle opération permet de donner une certaine visibilité à ce qui n'est jusqu'à présent qu'une alliance industrielle de raison. Les Anglais semblent décidés à dégainer les premiers. «Lorsque Symbian sera cotée, elle disposera d'un management plus indépendant, elle pourra utiliser ses actions comme monnaie d'échange pour d'éventuelles acquisitions et elle séduira plus facilement de nouveaux employés», estime un analyste de Nomura cité par Bloomberg, qui conseille Psion à l'achat.

«Symbian sera mise en Bourse en fonction des progrès réalisés dans la production de masse et de l'amélioration des conditions sur les marchés financiers», a indiqué Psion dans un communiqué. L'opération pourrait intervenir au début de 2002, en tenant compte des lancements prévus pour les produits EPOC, a laissé entendre le directeur général de Psion, David Levin. Aucune banque n'a encore été choisie pour diriger l'introduction. «Nous ne voulons pas mettre en Bourse la compagnie avant que les marchés pour ses produits soient clairement définis. Symbian aura des ventes sérieuses après 2002», a déclaré en substance David Levin.

Symbian, créée en 1998, a son siège à Londres et des bureaux au Japon et aux Etats-Unis. Psion précise que sa part dans les pertes de Symbian au premier semestre 2000 a représenté 4,7 millions de livres (12 millions de francs), contre 2,7 millions sur la même période en 1999. La firme ne devrait pas atteindre l'équilibre avant 2002. Le nombre de collaborateurs de Symbian est passé à 520, sans compter ceux employés par les sous-traitants. Les résultats semestriels de Psion, publiés mardi, font état d'une croissance du bénéfice net qui dépasse désormais les 5 millions de francs et d'une croissance importante des ventes à 243 millions de francs (+47%). La compagnie a bénéficié de l'introduction de nouveaux produits à la fin de l'année dernière. Mais les dépenses en recherche et développement, qui ont augmenté de 66% à plus de 32 millions de francs, ont réduit le bénéfice. De plus, la force de la livre, notamment contre l'euro, a entamé les gains de 11 millions de francs.

Innovations

Symbian a retardé à la fin du troisième trimestre la date de sortie d'EPOC Release 6.0, qui permet l'intégration de voix et de données sur terminaux portables. Le début des livraisons est prévu au premier trimestre 2001. Une autre version d'EPOC, ER6.1, devrait sortir d'ici à la deuxième partie de l'année prochaine. Un terminal Internet de poche, conçu en partenariat avec Motorola, sera commercialisé avec ce nouveau système d'exploitation. Cet appareil, qui combinera à la fois les fonctions d'un ordinateur et d'un téléphone, sera doté d'un écran couleurs et bénéficiera d'une vitesse de transmission rapide. ER6.1 devrait offrir des performances dix fois supérieures à celles de son prédécesseur.