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Lorsqu’une entreprise fait faillite, quels sont les créanciers qui doivent en priorité récupérer l’argent qui leur revient?
© Walter Bieri/Keystone

Médias

Publicitas prise dans les griffes de Thalos

Les créances de l’entreprise en faillite sont détenues par une mystérieuse société luxembourgeoise, Thalos. Au grand dam des éditeurs, qui veulent récupérer leur dû. Ringier, mais aussi la «NZZ», ont porté plainte. D'autres titres devraient faire de même

Vendredi 4 mai, Ringier (copropriétaire du Temps) a déposé plainte auprès d’un juge de paix de Baar (ZG) contre la société de crédit Thalos Investment, mais aussi sa société mère Vicenda, ainsi que la régie en faillite Publicitas.

La plainte de Ringier doit d’abord donner lieu à une simple confrontation. De source proche du dossier, elle ne serait que la première manche d’une guerre de plusieurs années qui devrait voir s’affronter tous les acteurs de la place médiatique suisse pour récupérer les avoirs perdus dans la faillite de Publicitas. Entre-temps, la NZZ a ainsi confirmé au Temps avoir aussi déposé plainte contre Thalos Investment.

Lire aussi: Le long déclin de l’empire Publicitas

Retards de paiement

La question semble complexe, et pourtant elle est relativement simple. Lorsqu’une entreprise fait faillite, quels sont les créanciers qui doivent en priorité récupérer l’argent qui leur revient?

Dans le cas de Publicitas, plusieurs camps s’affrontent. D’un côté, on trouve les éditeurs de presse, clients de la régie publicitaire, qui accusait des retards de paiement de deux à trois mois: Ringier, Tamedia, mais aussi Romandie Combi (La Liberté, Le Nouvelliste, Le Quotidien Jurassien, le Journal du Jura et ArcInfo). Au total, les dettes en faveur de ces éditeurs se monteraient à environ 15 millions de francs. Une somme conséquente, pour des groupes dont les recettes publicitaires sont en diminution constante depuis plusieurs années.

Des «contrats de cession»

De l’autre côté se trouve le discret Thalos Investment Platform, sis au Luxembourg et créé en 2014. Cette société est une filiale du groupe suisse Vicenda, basé à Zoug, qui propose des financements aux acteurs du trading ou d’autres entreprises endettées, qui ne parviennent pas à trouver de l’argent via le secteur bancaire traditionnel. En échange des fonds prêtés, elle signe parfois avec l’entreprise endettée un «contrat de cession», c’est-à-dire qu’elle devient propriétaire de son passif, mais aussi de ses actifs. Le marché s’exerce en toute discrétion. Ni Thalos Investment Platform ni Vicenda n’ont répondu aux questions du Temps.

Ce contrat de cession aurait été signé avec Publicitas au mois de février 2018. Quand la faillite de la régie publicitaire a été prononcée, le 11 mai dernier, Thalos a réclamé son dû. Et demandé aux entreprises clientes de leur adresser directement leurs versements bancaires, et non pas à Publicitas ni aux éditeurs de presse.

Le droit suisse offre cependant la possibilité de contrer la mainmise des établissements de crédits sur des entreprises en faillite. La loi sur les poursuites et faillites permet en effet d’entreprendre des «actions révocatoires». Ces procédures sont fréquentes, mais complexes et coûteuses. Dans le cas d’un préjudice de plusieurs millions, elles peuvent malgré tout valoir la peine.

Des plaintes en cascade

Après le grounding de Swissair, une multitude de procès ont eu lieu, dont certains sont toujours en cours, sur la question du recouvrement des créances. L’affaire Publicitas qui s’amorce est très semblable. Car Ringier ne sera probablement pas le seul à porter plainte: selon nos informations, le groupe Editions Suisses Holding SA (qui détient notamment Le Nouvelliste) étudie également la possibilité de le faire.

Avec, pour Le Nouvelliste, un avantage non négligeable. Dans son cas comme dans celui d’ArcInfo, un contrat de fiducie avait été souscrit avec Publicitas, qui gérait des avoirs en leurs noms. «Céder cet argent à Thalos est une violation complète de cette relation contractuelle», estime Me Christophe Wilhelm, avocat connaisseur du dossier. Les annonceurs de ces titres ne s’exposent donc pas à payer deux fois s’ils payent directement leurs factures à ces éditeurs, précise Me Wilhelm.

D’après une source proche du dossier, plusieurs éditeurs romands envisagent des plaintes au civil contre les administrateurs de Publicitas pour gestion déloyale. Les procédures pourraient aussi devenir pénales.


La chute d’un géant

La régie publicitaire a fait la pluie et le beau temps sur la presse romande. Mais dans un contexte de crise des médias, ses erreurs stratégiques lui ont été fatales

1868: L’agence allemande d’annonces publicitaires Insertionsagentur Haasenstein & Vogler ouvre une filiale à Bâle.

1917: L’entreprise adopte le nom «Publicitas».

1930: Le siège est transféré à Lausanne.

1989: L’entreprise compte 30 sociétés et 3450 employés et détient des parts minoritaires dans plusieurs journaux. Pour la première fois, le chiffre d’affaires dépasse 2 milliards de francs.

2013: Année noire pour le groupe, qui entre dans les chiffres rouges avec 5,9 millions de francs de perte.

2 avril 2014: PubliGroupe vend Publicitas 10 millions au conglomérat munichois Aurelius Equity Opportunities.

Août 2014: PubliGroupe est repris par Swisscom, qui lorgne sur Local.ch.

Janvier 2015: La NZZ se retire de Publicitas.

Fin 2016: Aurelius vend Publicitas à deux cadres, Jörg Nürnberg et Carsten Brinkmeier. Les liquidités manquent et les banques ne veulent pas entrer en matière.

Février 2018: Publicitas signe un contrat avec Thalos Investment, au Luxembourg, qui s’engage à assurer son flux de liquidités. En parallèle, elle dit travailler sur un nouveau modèle économique.

25 avril 2018: Tamedia annonce la fin de ses relations avec Publicitas en raison des retards de paiement. Ringier fait de même.

30 avril 2018: Les titres de Romandie Combi (La Liberté, Le Nouvelliste, Le Quotidien jurassien, Le Journal du Jura, ArcInfo) quittent Publicitas pour la régie Gassmann Media.

11 mai 2018: Publicitas annonce sa faillite. M. M.

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