Un jeune homme, paré d’une sorte de bonnet de bain sur lequel sont fixées une douzaine d’électrodes, se déplace en chaise roulante dans un laboratoire de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Il ne bouge aucune partie de son corps et semble totalement figé dans son siège. Pourtant, il parvient par la pensée à rouler avec précision dans la direction souhaitée.

«A terme, un simple bout de tissu sur le crâne ou un casque permettra, par exemple, à un astronaute d’effectuer plus facilement certaines tâches dans l’espace sans faire de mouvement. Cette technologie – qui offre une sorte de troisième bras – assistera un opérateur dans une situation complexe», imagine déjà José del R. Millan, professeur au Centre de neuroprothèses de l’EPFL. Son laboratoire est impliqué dans l’ambitieux projet Guardian Angels qui vise à développer une nouvelle génération de puces électroniques à ultra-basse consommation et auto-alimentées.

Hier, l’EPFL a ouvert les portes des différents laboratoires qui participent à Guardian Angels, projet présélectionné par l’Union européenne pour ses capacités à révolutionner les technologies de l’information. «Parmi les six projets retenus, deux seront choisis en 2012 et soutenus à hauteur de 1 milliard d’euros sur 10 ans», rappelle Adrian Ionescu, directeur du Nanolab de l’EPFL et coprésident du projet, au côté de Christofer Hierold de l’EPFZ (LT du 05.05.2011).

Ces «anges gardiens» électroniques auront plusieurs vocations. Dissimulés dans un vêtement, une montre ou un sac à dos, ils posséderont des capteurs qui mesureront différents paramètres (sommeil, taux de sucre dans le sang, rythme cardiaque) et certaines ­informations environnementales (présence de gaz ou de pollen dans l’air, circulation routière, etc.). «Ces systèmes veilleront à notre bien-être et notre sécurité», précise Adrian Ionescu.

A terme, grâce à certaines interfaces, ces puces seront capables d’interpréter nos émotions. «Imaginons un trader. S’il vient à être gagné par ses émotions, ses transactions nécessiteront des confirmations plus poussées pour être avalisées», donne comme exemple Adrian Ionescu. D’ici à dix ans environ, ces anges gardiens électroniques pourront servir à communiquer numériquement des sensations en se basant sur les mouvements oculaires, la conductivité de la peau ou les ondes émanant du cerveau.

Plusieurs universités, instituts de recherche et industriels (IBM, Intel, Siemens, Sanofi Aventis, etc.) dans treize pays participent à ce projet copiloté par les deux écoles polytechniques suisses. Pour que le concept de Guardian Angels devienne réalité, l’électronique devra aller vers toujours plus de miniaturisation et réduire drastiquement sa consommation d’énergie. Danick Briand, du Laboratoire des capteurs, actionneurs et microsystèmes de l’Institut de microtechnique, fait quelques mouvements avec sa main revêtue d’un gant blanc. «Ces gestes génèrent de l’énergie qui est récupérée et stockée. Grâce à des matériaux piézo­électriques, les mouvements de la main créent de l’électricité», explique-t-il.

Les systèmes de Guardian Angels iront puiser leur énergie là où elle se trouve. «Le but de cette démarche, dite zéro power, est de parvenir à une autonomie complète», souligne Adrian Ionescu. L’électronique devra également aller vers toujours plus de miniaturisation. Les chercheurs comptent sur les technologies à base de nanofils. Il est actuellement possible de faire «pousser» des structures faites de fils à l’échelle nanométrique. IBM, partenaire de Guardian Angels, est l’un des acteurs les plus avancés dans ce domaine. A terme, les chercheurs comptent diviser la consommation de l’électronique par un facteur de dix.