Technologie

Comment la puissance de Google a uniformisé les smartphones

Le système Android équipe 88,5% des nouveaux smartphones. Cette position lui permet d'avoir une influence grandissante sur les fabricants

Google dans les téléphones, c’est l’histoire d’une conquête fulgurante. Aujourd’hui, près de neuf smartphones vendus sur dix (88,5%) tourne avec Android, le système de Google, selon la société de recherche Strategy Analytics. Google ne laisse que des miettes aux concurrents. Ou plutôt à son seul concurrent, Apple, et ses 11,4% de parts de marché pour l’iPhone et son système iOS. Microsoft a annoncé en juillet dernier qu’il retirait Windows du segment des smartphones et Samsung hésite toujours à proposer son propre système Tizen au niveau mondial.

Lancé en septembre 2008, Android a été adopté par presque tous les fabricants de smartphones: Samsung, HTC, Huawei, Sony, LG… Google a réussi à leur proposer un système complet et fiable, régulièrement mis à jour. Et gratuit. «Android ne coûte rien aux fabricants de smartphones, mais ils doivent inclure certains services de Google dans tous les appareils qu’ils vendent, explique Neil Mawston, directeur de Strategy Analytics. Android rapporte de l’argent à Google via les publicités affichées dans ses applications phares que sont par exemple YouTube ou Gmail.»

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Du coup, une relation de dépendance s’est instaurée entre Google et les fabricants, ceux-ci devant respecter un cahier des charges bien précis pour recevoir Android. En 2014, Benjamin Edelman, professeur à la Harvard Business School, avait obtenu et diffusé le Mobile Application Distribution Agreement (MADA) que doivent signer les partenaires de Google.

L’on apprenait ainsi que la barre de recherche Google et l’icône de ce qui est devenu le magasin Google Play doivent par exemple se situer au moins sur le panneau adjacent de l’écran d’accueil, donc à un clic du premier écran. Les fabricants doivent aussi transmettre leurs chiffres de vente à Google et lui envoyer quatre prototypes avant toute nouvelle mise en service.

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Ces contraintes ont fait réagir la Commission européenne. En avril 2016, Bruxelles ouvrait une enquête contre Google pour soupçons d’abus de position dominante. «La multinationale prive les consommateurs d’un choix plus large d’applications et de services mobiles et […] freine l’innovation émanant des autres acteurs», avait affirmé Margrethe Vestager, la commissaire européenne chargée de la Concurrence.

Google donne aussi son avis sur le matériel. «La société détermine, pour chaque nouvelle version d’Android, des spécifications matérielles, poursuit Neil Mawston. Ce système a standardisé le design des smartphones, comme Microsoft l’avait fait pour les ordinateurs.» Seul Samsung, avec ses modèles Edge dont l’écran descend sur les côtés, a tenté d’innover sur le matériel. En 2015, le site The Information révélait que Google voulait même standardiser les processeurs de smartphones – sans suite pour l’heure.

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Selon Neil Mawston, Google ne contrôle pas assez Android: «Son écosystème est très fragmenté, avec des dizaines de tailles d’écran différentes et de spécifications. Cela complique la vie des développeurs, qui doivent adapter leurs applications à chaque taille d’écran et résolution.» En face, Apple, qui maîtrise tant le logiciel que le matériel, n’a quasiment aucun de ces problèmes.

Android pourrait-il être concurrencé par un nouveau système? «Android et iOS ont gagné la bataille des smartphones, conclut Neil Mawston. Si ce duopole devait un jour être attaqué, ce sera par un groupe chinois. Alibaba pourrait ainsi utiliser sa taille gigantesque sur son marché intérieur pour développer un nouveau système qui pourrait conquérir de très nombreux consommateurs.»

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