Depuis le début de l’année, les marchés boursiers latino-américains ont progressé de près de 50%.

Jusqu’ici, les pays développés étaient réputés avoir des niveaux de dette stables et des budgets sous contrôle. Les pays d’Amérique latine devaient faire face à un endettement substantiel et à des dépenses excessives. Or, lors de la récente crise financière, des pays développés ont combattu le ralentissement des économies avec des mesures de relance très coûteuses. Au contraire, les pays latino-américains ont réduit leur endettement depuis un certain temps déjà. En vérité, les économies développées et celles qui émergent semblent avoir échangé leurs places.

Les facteurs à long terme favorisant les marchés latino-américains se confirment. Les années de croissance basée sur les exportations ont soutenu une transformation assez profonde. Le prix des matières premières, dans une perspective à plus long terme, a stimulé le développement de nombreux pays latino-américains.

Le Brésil et l’Argentine, par exemple, font partie des cinq plus gros exportateurs de sucre et ces mêmes deux pays produisent la moitié des germes de soja du monde. Le Brésil possède également les plus grandes réserves mondiales de minerai de fer, sans parler de son pétrole. Le Chili est, quant à lui, le premier producteur mondial de cuivre (30%), alors que le Mexique et le Venezuela sont d’importants exportateurs de pétrole. Le Brésil, l’Argentine, le Chili et le Mexique comptent parmi les principaux bénéficiaires de la croissance des exportations. Malgré d’importantes réserves de pétrole, le Venezuela, lui, handicapé par ses problèmes politiques, n’a pas su profiter pleinement de ses ressources.

Les débouchés pour les produits sud-américains se diversifient. Les Etats-Unis, l’Union européenne et le Japon en représentent la large majorité, mais l’Asie s’impose comme la région leur offrant le plus grand potentiel de croissance des échanges.

Les pays d’Amérique latine jouissent de populations jeunes, d’un bas niveau d’endettement (tant des Etats que des consommateurs), de systèmes bancaires solides et de politiques favorables au capital. La consommation des ménages devrait donc devenir un pilier majeur de leur croissance.

De nombreuses entreprises illustrent la capacité d’innovation et d’adaptation industrielle et commerciale qui se développe dans la région. Ainsi, au Brésil, Redecard est un merchant acquirer pour Mastercard, agissant en tant qu’intermédiaire entre les banques et les commerçants qui louent des terminaux pour cartes. Or, les dépenses par cartes de crédit ne représentent que 22% du PIB au Brésil, contre 40% aux Etats-Unis. Le volume d’affaires de Redecard a augmenté de 12% au premier trimestre 2009, malgré les difficultés économiques. En prime, cette société n’a aucune dette et s’expose à un risque financier faible.

Il est clair qu’une économie globale plus faible ne favorise guère les marchés latino-américains, souvent affectés par la chute brutale des prix des matières premières générée par la contraction de l’économie globale. Toutefois, il y a encore une année, les prix des commodities atteignaient des niveaux record. Et, dès les premiers signes d’un ralentissement du rythme de récession économique, ils ont commencé à regrimper rapidement.

Les investisseurs devraient choisir prudemment le moment pour investir. Le Mexique va certainement voir sa reprise atténuée par ses liens économiques étroits avec les Etats-Unis. Pour sa part, malgré la récente remontée du prix du pétrole, l’industrie pétrolière vénézuélienne pourrait continuer à rencontrer des difficultés, dues à l’ingérence du gouvernement dans ce domaine et à des tensions accrues avec les Etats-Unis. Le Brésil, qui profite d’une économie plus protectionniste et d’une certaine stabilité politique, pourrait bien être l’une des économies qui bénéficieront le plus fortement d’un rebond précoce de l’activité globale.

* Responsable Actions Emergentes, Threadneedle.