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En raison de deux livraisons de produits pétroliers, le genevois Trafigura a été cité dans un rapport publié récemment par le panel d’experts sur la Corée du Nord de l’ONU.
© anucha sirivisansuwan/Moment RF

Négoce

Pyongyang a acheté du pétrole par l'entremise de Trafigura

Durement touchée par les sanctions, la Corée du Nord multiplie les importations illégales de fuel. Le genevois Trafigura se retrouve cité dans un rapport de l’ONU détaillant ces transactions

Le couperet est tombé vendredi dernier: le Conseil de sécurité des Nations unies a placé 49 entités sur liste noire, les accusant d’avoir fait des affaires avec la Corée du Nord en violation des sanctions contre le régime ermite. Un rapport publié récemment par le panel d’experts sur la Corée du Nord de l’ONU détaille ces transactions. Le genevois Trafigura y figure dans le cadre de deux livraisons de produits pétroliers.

Le géant suisse du négoce apparaît en effet comme l’expéditeur sur les documents accompagnant deux cargaisons composées de 14 094 tonnes de gasoil marin et de 7954 tonnes de diesel, aux côtés de la société hongkongaise Global Commodities Consultants, qui en est le consignataire. Ces chargements sont partis du port de Yeosu en Corée du Sud en octobre 2017, à bord de deux navires, le Lighthouse Winmore et le Billions No. 18. Officiellement, ils naviguaient à destination de Taichung, sur l’île de Taïwan.

Mais le 19 octobre, dans les eaux internationales de la mer Jaune, les bateaux se sont amarrés à deux embarcations appartenant à la Corée du Nord, le Sam Jong 2 et le Rye Song Gang 1, et leur ont transféré leur cargaison. Juste avant d’effectuer cette opération, ils ont éteint le système de traçage automatique dont sont équipés tous les navires commerciaux. Le Sam Jong 2 figure sur la nouvelle liste noire onusienne.

Complexe réseau d’intermédiaires et de sociétés écrans

Derrière ces transactions illégales se trouve un réseau complexe d’intermédiaires et de sociétés écrans. Toutes remontent vers Shih-Hsien Chen, un homme d’affaires taïwanais que les experts onusiens décrivent comme un homme de paille au service du régime nord-coréen. Il dirige l’entreprise Oceanic Enterprise, sise aux îles Marshall, qui a affrété le Lighthouse Winmore, et Bunker’s Taiwan Group, basé aux îles Vierges britanniques, qui possède le Billions No. 18.

Oceanic Enterprise s’est également occupée de payer les deux chargements de produits pétroliers, versant quelque 13 millions de dollars à Global Commodities Consultants, par l’entremise d’une autre entreprise, Global SPG, basée à Singapour.

Oceanic Enterprise avait prévu d’effectuer neuf autres transactions de ce genre, ce qui aurait abouti au transfert de 95 000 tonnes de pétrole à la Corée du Nord pour une valeur de 65 millions de dollars. Mais la manœuvre a été repérée, débouchant sur la saisie du Lighthouse Winmore en Corée du Sud et l’arrestation de Shih-Hsien Chen à Taïwan à la fin de l’année dernière.

Trafigura dément

Du côté de Trafigura, on rappelle que les navires incriminés ne lui appartenaient pas et n’ont pas été affrétés par elle. «La cargaison a été vendue à l’entreprise hongkongaise Global Commodities Consultants et avait pour destination Taïwan, détaille Andrew Gowers, un porte-parole. Cette transaction était par ailleurs régie par un contrat interdisant une revente contrevenant aux sanctions.» L’entreprise précise collaborer avec le panel d’experts onusiens «pour injecter davantage de transparence dans sa chaîne d’approvisionnement en Asie du Nord».

Si la Corée du Nord doit se livrer à ces transferts en haute mer, c’est qu’elle peine à importer du pétrole légalement. «Jusqu’à récemment, elle se fournissait majoritairement en Chine et un peu en Russie, relève Go Myong-hyun, un chercheur de l’Asan Institute for Policy Studies de Séoul. Mais avec l’introduction des sanctions onusiennes, ces sources se sont taries.»

A lire: En Amérique du Sud, Trafigura aspirée dans un incident diplomatique

A cela s’ajoute la hausse du nombre de camions sur les routes nord-coréennes. «Le transport de biens, effectué jusqu’ici essentiellement en train, se fait de plus en plus par la route», précise l’expert. Et quelques citoyens ont commencé à s’acheter des voitures. Il estime les besoins du régime à 1 million de tonnes de pétrole par an.

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