La deuxième banque suisse répond aux injonctions des experts chargés de définir les garde-fous encadrant les établissements «trop grands pour être abandonnés à la faillite». Le cœur de ces recommandations, en attente d’une validation par les parlementaires? Renforcer leur capital de façon presque trois fois plus importante que ce qui sera requis par les nouvelles règles internationales dites de «Bâle III».

Mardi, Credit Suisse a annoncé avoir convaincu ses deux premiers actionnaires stratégiques – Qatar Holding et Olayan – de lui apporter 6 milliards de francs afin de bétonner, si besoin, ses fonds propres. Déjà présent durant les heures sombres de la crise, le bras financier du Qatar y détient une participation de 6,2%. Le conglomérat industriel saoudien Olayan est, lui, propriétaire de 6,6% de la banque.

Le système des «CoCos»

Ce soutien est apporté par le biais du système des «CoCos» – ces obligations à «conversion obligatoire» imaginées durant la crise. Dans le détail, les deux institutions du Golfe ont prêté respectivement 3,5 et 2,5 milliards de francs à la banque et ne pourront en demander le remboursement qu’en 2013, sous forme de parts à son capital. Une aide qui n’est pas sans risque: si, confrontée à une nouvelle tempête, Credit Suisse voyait la proportion de ses fonds propres fondre à moins de 7% de son bilan. Le prêt de ses partenaires qatari et saoudien serait alors automatiquement transformé en parts au capital d’une banque en difficulté.

Le but? Blinder 19% du bilan

Pour rappel, les propositions du comité d’experts prévoient que les bilans de deux principaux établissements du pays soient lestés par au moins 10% de fonds propres «durs», appelés «tiers 1». Censés faire office de parachute, les «CoCos» devraient en outre représenter 9% supplémentaires du bilan.

Selon la banque, l’opération annoncée hier lui permet de satisfaire la moitié des exigences en emprunts «CoCos» pouvant être déclenchés en cas de fonte du cœur de son bilan sous le seuil des 7%; ou sur requête des régulateurs helvétiques. A noter que cette émission n’accroît en rien le niveau des fonds propres dans l’immédiat, ces «CoCos» remplaçant d’autres notes émises par la banque en 2008.

L’opération a valeur de test

En réalité, ce chantier a surtout valeur de test pour ces emprunts censés être activés en cas d’urgence. En fixant, en octobre dernier, les nouvelles règles imposées aux géants bancaires, les autorités de surveillance ont implicitement recommandé que ceux-ci trouvent des souscripteurs pour 70 milliards de francs de titres «CoCos» d’ici fin 2018. Pour l’instant UBS se montre dubitative envers ce système.

Hors sans véritable marché pour ces titres, impossible d’espérer y attirer des souscripteurs. Lundi, Brady Dougan, le patron de Credit Suisse, a assuré que l’opération annoncée allait contribuer à faire de ces «CoCos» une «source de capital conséquente pour les banques» et un «instrument attractif pour un groupe important d’investisseurs». Pour cela «il faudra également que les émissions de ce type d’instruments se multiplient, c’est-à-dire que d’autres pays en Europe adoptent de tels «parachutes capitalistiques»… ce qui n’apparaît pas encore être le cas», prévient Mathias Bueeler, analyste au sein de la maison de courtage Kepler CM. Jusque-là deux banques en Europe ont émis de tels titres: la britannique Lloyds et la très solide Rabobank néerlandaise.