Opinion

Qu’adviendra-t-il des enfants terribles du quantitative easing?

A l’heure où le retrait progressif des dispositifs du QE s’annonce, qu’adviendra-t-il de ces enfants terribles drogués à l’afflux de liquidités, se demandent Jacques-Aurélien Marcireau et Julie Gualino-Daly, gérants auprès de Edmond de Rothschild Asset Management

Un succès plus que mitigé: c’est souvent ainsi que l’on décrit l’impact de la politique d’assouplissement monétaire des banques centrales sur la croissance mondiale et l’investissement des entreprises.

Un tel constat ferait l’impasse sur certaines entreprises, nouvelles ou déjà bien établies, qui ont fait de l’argent presque gratuit une pièce maîtresse de leur stratégie. A l’heure où le retrait progressif des dispositifs du QE s’annonce, qu’adviendra-t-il de ces enfants terribles drogués à l’afflux de liquidités?

Nouveaux venus et opportunistes

Au-delà de leur point commun qui est d’avoir eu recours massivement à des liquidités (que ce soit du capital ou de la dette) au cours des dernières années, ces enfants terribles se répartissent en deux catégories. D’une part les nouveaux venus, principalement du secteur technologique: Tesla, Uber, WeWork, Netflix sont emblématiques de cette génération.

Ces acteurs-là s’apparentent un peu à des «Go-Fast» de la croissance, qui ont fait le plein de carburant pour entreprendre une conquête rapide de leur marché au niveau mondial. Leur maître mot: «scale-up» ou, en français, changer d’échelle. Pour eux, si l’argent n’a pas de prix, l’argent n’est pas une priorité. Le client et la data sont en revanche LA priorité. A ce titre, ils n’hésitent pas à lever des sommes d’argent importantes sur les marchés pour croître, parfois de façon démesurée.

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Par ailleurs, les opportunistes, acteurs établis, ont saisi pour certains les liquidités du QE comme une bouée de refinancement dans des secteurs ou des situations particulières difficiles comme Vallourec. D’autres ont décidé qu’il était temps de miser sur la croissance externe, à l’image d’Altice en France et aux Etats-Unis.

L’heure de vérité approche

La fin de la récréation va bientôt sonner et de part et d’autre les grandes manœuvres ont commencé. Les «Go-Fast» de la technologie multiplient les émissions de dette dans le high yield, émettent de la dette convertible pour faire une dernière fois le plein à l’instar de WeWork, Netflix ou même Tesla au premier trimestre. Même son de cloche du côté des acteurs opportunistes. Les années qui s’annoncent seront décisives: soit ces acteurs réussissent à changer d’échelle et à générer du free cash flow, prouvant ainsi que le QE aura été une opportunité exceptionnelle, un accélérateur unique pour des stratégies gagnantes. D’autres, sans afficher un tel succès, arriveront à convaincre les marchés de dette et de capitaux de les soutenir de nouveau dans quelques années et arriveront à se refinancer quand même. Enfin, une troisième catégorie d’acteurs ne se relèveront pas de cette indigestion et cette fois-ci rien ne pourra les sauver. La taille de cette cohorte est bien sûr une inconnue importante pour l’avenir.

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