Il est souvent dit que les performances des hedge funds ne sont plus ce qu'elles étaient, et que, qui plus est, ces performances sont devenues plus corrélées aux marchés. Dans ce bref article nous examinerons le bien-fondé de ces affirmations.

L'univers des hedge funds comprend maintenant environ 10000 fonds qui gèrent plus de 1000 milliards de dollars d'actifs. Les gérants de ces fonds utilisent une grande variété de stratégies, certaines très défensives, d'autres franchement agressives.

Ces stratégies ont tendance à performer à différents moments, et à l'intérieur de chaque stratégie les gérants eux-mêmes performent souvent différemment les uns des autres.

Tout commentaire sur les performances des hedge funds doit donc être formulé avec prudence et toute analyse doit utiliser un indice réel et non théorétique. Pour notre part, nous utilisons le HFR Index of Offshore Fund of Funds comme représentatif du rendement que des investisseurs dans des hedge funds ont pu obtenir net de toute commission de gestion. Cet indice est composé d'environ 800 fonds de fonds pour 350 milliards de dollars d'actifs.

Les conclusions de toute analyse des performances sont bien entendu influencées par la période couverte. Afin d'éviter un choix trop subjectif, nous avons choisi le début du millénaire comme point de départ et analysé la période allant du 1er janvier 2000 au 30 juin 2006. C'est à partir du début des années 2000 que les actifs de hedge funds ont connu une forte croissance. La période est illustrative car elle inclut la dernière phase d'exubérance du Nasdaq, un bear market des marchés d'actions ainsi que leur remontée, une crise du crédit (2002), de fortes fluctuations dans les cours des devises (2004), des taux d'intérêt et des matières premières (2005). On constate que sur les six années et demie depuis le début du millénaire, l'indice HFRI des fonds de hedge funds a dégagé une performance, en US dollars, de 37%. Il est intéressant de noter que sur la même période le marché des actions (MSCI World) n'a augmenté que de 6% et que le rendement du taux sans risque US$ (Libor) est de 23%. Si l'on divise cette période en deux phases égales, on constate que le HFRI a dégagé 5% sur la première moitié (1/1/2000 - 31/3/2003) et 31% sur la deuxième moitié, alors que le taux sans risque cumulé était de 13% sur la première période et 9% sur la deuxième. Cette soi disant baisse de la performance ne s'applique donc pas à la performance absolue. Sans doute la critique provient-elle d'un jugement relatif non par rapport au taux sans risque ou à celui du marché obligataire mais par rapport aux marchés des actions qui ont connu récemment de fortes hausses.

L'un des attraits des hedge funds est leur rôle de diversification dans un portefeuille. L'efficacité de cette diversification se mesure à travers la corrélation et le bêta par rapport aux autres investissements. Il est important de distinguer la corrélation, qui enregistre la direction d'un mouvement, et le bêta, qui en mesure l'ampleur. Ainsi un hedge fund peut être assez corrélé, par exemple, au marché des actions, mais si son bêta à un marché haussier est régulièrement plus élevé que son bêta à un marché baissier, il constituera un excellent investissement.

Si l'on analyse la corrélation, sur douze mois, roulant de l'indice HFRI Funds of Funds par rapport au marché des actions, on constate qu'elle évolue depuis plus de dix ans entre 0,2 et 0,9; pour le bêta les chiffres sont 0 et 0,6.

Statistiquement, plus ces chiffres s'éloignent de 1 et plus les hedge funds jouent leur rôle de diversificateur par rapport au marché des actions et vice versa. Cependant, n'oublions pas que les gérants de hedge funds cherchent à réaliser la meilleure performance absolue. Il était donc anticipé que corrélation et bêta seraient plus bas lors d'un cycle de marchés actions baissiers et vice versa. Or c'est exactement ce que démontre notre analyse de la performance de l'indice des fonds de fonds avec des extrêmes de décorrélation un an après août 1998 et octobre 2002.

Actuellement, corrélation et bêta sont proches de leurs niveaux maximums avec une légère tendance à la baisse - ce qui présage peut être d'une période plus difficile pour les marchés actions.

En conclusion, les performances absolues des hedge funds restent attrayantes et leurs qualités de diversificateur par rapport aux marchés des actions ne peuvent être testées que lors d'un cycle baissier et non pas lors de courtes corrections dans un cycle haussier.