Énergie

Des «quantités significatives» de gaz découvertes sous le lac Léman

L’exploration menée par Petrosvibri a porté ses fruits. «Il y a un grand intérêt pour l’exploitation», a appris «Le Temps»

Il y a du gaz sous le Léman. Et il y en a assez pour que son exploitation puisse se révéler lucrative. Selon un rapport technique dont Le Temps a pris connaissance, la société Petrosvibri a découvert des «réserves significatives» de «tight gaz» (littéralement: gaz serré) sous le lac Léman. «Cela signifie qu’il y a un grand intérêt pour l’exploitation», ont précisé deux sources distinctes qui ont eu accès au dossier. Pour l’heure, la ­société «évalue avec quelles techniques de fracturation de dernière génération» elle pourrait procéder à la récupération du gaz, et «les coûts que cela pourrait engendrer».

La société Petrosvibri avait déjà annoncé avoir découvert du «gaz piégé dans des grès serrés» après la phase exploratoire lancée fin 2009. Depuis, un rapport a été distribué aux différentes parties prenantes du projet pour déterminer le potentiel du réservoir. Car une nouvelle exploration pourrait être nécessaire avant le passage concret à l’exploi­tation. Le document devrait être rendu public dans les semaines à venir. Contactée jeudi, Petrosvibri n’a pas souhaité détailler ces informations ni préciser les quantités exactes de gaz qui reposent au fond du lac.

Pour exploiter les réservoirs, certains proches du dossier articulent un montant qui grimperait jusqu’à 750 millions de francs, chiffre que Petrosvibri a jugé jeudi irréaliste. On ne sait pas encore si la société va se charger seule de l’exploitation ou si elle la confiera à une entreprise tierce. Ni quelles seront les techniques utilisées pour l’extraction.

Car si le «tight gaz» n’est pas, à proprement parler, du gaz de schiste, «fondamentalement, la méthode d’extraction reste semblable: il faut artificiellement stimuler le ­réservoir, par exemple grâce à l’hydrofracturation (ou fracturation ­hydraulique)», explique Jon Mosar, professeur de géologie à l’Université de Fribourg. Cette méthode consiste à «aérer» la roche en y injectant de l’eau à haute pression mélangée à des produits chimiques. Le but: créer une porosité artificielle qui facilite le forage en libérant le gaz retenu dans la roche. La pratique est souvent critiquée car il existe un risque de créer des fractures dans les couches géologiques annexes.

«Il y a quelques années, tout le monde aurait estimé qu’une nouvelle pareille était une aubaine», remarque Jon Mosar. «Aujourd’hui, on va dire que cela apparaît plus risqué et demander des études supplémentaires.» En soi, note l’expert, exploiter le gaz (de schiste ou non) n’est pas une mauvaise chose: il faut maîtriser l’ensemble du processus. «Creuser, c’est une chose, mais si l’extraction n’est pas maîtrisée…»

«Ce serait une chance de découvrir du gaz dans les sous-sols suisses, cela permettrait de sécuriser l’approvisionnement énergétique et de diversifier les sources d’appro­visionnement pour le pays», expliquait Petrosvibri en 2009, lors de l’inauguration de l’installation située dans la commune de Noville. 36,5 millions de francs d’investis­sement ont été nécessaires pour ­atteindre cette poche qui se situe à peu près en face du château de Chillon. A 3,5 kilomètres sous terre. Basée à Vevey, la société est détenue à 66% par Gaznat (dont les actionnaires sont notamment les Services industriels de Genève et la Ville de Lausanne) et à 34% par Holdigaz (également basée à Vevey).

Un prochain objectif sera encore de décrocher un permis d’exploitation délivré par les autorités. Il faudra pour cela convaincre les politiques que l’exploitation sera menée dans le plus strict respect des règles professionnelles et environnementales. Fin 2012, Petrosvibri assurait: «Pour autant qu’il faille procéder à de la fracturation hydraulique, ce qui n’est pas démontré à ce jour, le non-recours à des adjuvants chimiques va faciliter» l’obtention dudit permis.

«Exploiter le gaz n’est pas une mauvaise chose en soi, mais il faut maîtriser le procédé d’extraction»

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