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A l’image de Daniel Seiler, les quants investissent à partir de modèles mathématiques.
© AFP/ Bryan R. Smith

Gestion

Les quants, des inconditionnels de l’intelligence artificielle?

Les maîtres des algorithmes que sont les «quants» approchent la barre des 1000 milliards d’actifs sous gestion. Rencontre avec l’un d’eux, Daniel Seiler, passé des sciences environnementales à une discipline très particulière au sein de la finance

La multitude de docteurs en finance, en mathématiques et en sciences informatiques que l’on rencontre dans le monde des quants crée une ambiance particulière, un peu à la Google, dans ce type de boutiques de gestion. Leur image scientifique s’est encore renforcée à l’heure de Big Data et des «data analysts». Ces spécialistes de la finance dont l’objectif consiste à partir à la recherche des primes de risques occupent une place de plus en plus étendue dans la gestion de fonds. Le terme de quants se réfère ici à l’utilisation de modèles mathématiques dans l’investissement..

Surperformance des quants

En Suisse, le marché des quants est alimenté par les diplômes universitaires de Lausanne, de Saint-Gall, de Bâle ou de Zurich. Une deuxième condition doit être remplie pour être quant, le temps nécessaire à l’acquisition d’une expérience avec les modèles, explique Daniel Seiler, directeur de Vescore, à Zurich. Ce dernier a découvert Vescore à l’époque où il effectuait son doctorat en finance à l’Université de Saint-Gall, après avoir obtenu un master en Sciences environnementales.

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Vescore, qui gère 11 milliards de francs d’actifs avec 32 collaborateurs, est l’un des principaux gérants quants suisse. Plusieurs autres instituts de gestion suisses disposent aussi d’une équipe de quants.

C’est aussi une boutique dont le management est resté très constant au cours de ses vingt ans d’existence. La société a récemment été reprise par Vontobel après avoir été membre du groupe Raiffeisen. L’essentiel de ses actifs est investi dans des stratégies «multi-asset» (8,5 milliards), les autres étant alloués aux fonds actions, obligations et matières premières.

La surperformance des quants nourrit leur expansion. La gestion «quant» représente un marché de 1000 milliards de dollars après une croissance de 15% par an, selon une étude de Morgan Stanley, citée par le Financial Times. Pour le seul segment des hedge funds quants, le montant s’élève à 940 milliards de dollars à la fin octobre 2017, soit le double du niveau de 2010.

Le besoin d’une tendance claire

«Cette gestion par algorithmes fonctionne bien lorsque les marchés ont une tendance claire», déclare Daniel Seiler. Leur étoile a beaucoup souffert à l’éclatement de la crise financière. Mais ces difficultés appartiennent au passé si l’on en croit l’augmentation des actifs sous gestion. Des 12 plus grands hedge funds, sept sont des quants, selon Daniel Seiler.

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Vescore Global Risk Diversification (Hedged) présente un rendement de 13,8% en 2017, contre –0,7% pour l’indice. Sur cinq ans, le rendement atteint 4,9% par an, contre –0,4% pour l’indice. Dans les fonds en actions, le Vescore Swiss Equity Multi Factor offre un rendement de 23,6% en 2017 (19,9% l’indice) et 13,3% en 2016 (4,5% indice). «Les cinq dernières années ont présenté de bons résultats. Mais il est faux de croire que les marchés étaient faciles», déclare Daniel Seiler.

«L’emballage a changé ces vingt dernières années, mais la philosophie des quants demeure identique, soit la recherche de primes de risques pour obtenir un rendement supérieur ajusté du risque», explique Daniel Seiler. Ce dernier se réfère à l’émergence de fonds smart beta, des stratégies passives qui utilisent aussi des algorithmes pour chasser des primes de risque. Il en va de même des stratégies «overlays» (par des produits dérivés), et des fonds de managed futures (marchés à terme). Au sens étroit, les quants gèrent des stratégies neutres (ni à la hausse ni à la baisse) dans les actions.

Emergence de nouvelles techniques

De nouvelles techniques apparaissent dans les stratégies quants. On fait par exemple appel à l’apprentissage machine (machine learning) et à un nombre croissant de «data analysts». Vescore s’apprête à faire usage d’une manière croissante de l’intelligence artificielle au niveau des méthodes de recherche et du processus de placement avec le but de trouver des nouvelles façons de récolter des primes de risque sur les marchés financiers.

L’idée fondamentale des quants consiste à éliminer les biais comportementaux et psychologiques pour investir de façon systématique et de profiter de la rigueur mathématique. Cela suppose une participation aux progrès informatiques et une remise en question continue des modèles d’investissement, reconnaît-il.

Vescore développe une stratégie basée sur l’analyse du langage naturel (natural language processing), une discipline à la frontière de la linguistique, de l’informatique et de l’intelligence artificielle, qui concerne l’application de programmes et techniques informatiques à tous les aspects du langage humain. Il s’agit de déduire un processus d’investissement à partir de données, structurées ou non. Vescore analyse par exemple des articles en ligne qui emploient le terme «or». «Cette méthode crée un avantage en termes d’investissement, mais il est probablement plus modeste que ne l’espèrent nos chercheurs. Les marchés sont déjà très bien informés et très efficients», commente Daniel Seiler.

Les analyses de texte mettent en évidence un sentiment et rendent possible une meilleure gestion des risques, mais il n’est pas possible d’en espérer davantage, selon le directeur de Vescore.

Faire ses preuves lors des baisses

Les marchés boursiers se sont bien comportés durant neuf ans. Les modèles de la société constatent une faible volatilité, un environnement stable et concluent en la poursuite de la tendance haussière, mais l’approche d’un sommet. Faut-il encore investir? «Si vous vendez maintenant parce qu’une majorité d’indicateurs passent à l’orange, mais que la bourse grimpe encore deux ans, vous aurez un problème», avertit notre interlocuteur. Il lui semble plus important d’évaluer le moment du changement de tendance que de savoir s’il arrivera. «Nous continuons de surpondérer les actions», explique Daniel Seiler. Il est vrai que la plupart des quants investissent en fonction du momentum du marché.

Les gains des quants sont les plus élevés lors des situations économiques extrêmes, en particulier lorsque tout le monde a peur. Les ordinateurs eux ne craignent rien et ajustent correctement leurs données, même si toutes les informations sont déprimantes. Par contre, un environnement sans tendance pénalise les quants, ainsi que durant les phases où toutes les classes d’actifs baissent. La prime de risque varie fortement au gré des marchés. L’art du gérant consiste alors à profiter de ces variations de façon active. «De ce point de vue, notre style de gestion est très actif», déclare Daniel Seiler. Vescore met en avant le risque de perdre beaucoup avec de la gestion passive lorsque les marchés baissent. La plus-value de ses modèles et de sa gestion des risques doit faire ses preuves lors des baisses.

La principale prime de risque est celle des actions, celle qui rémunère l’investisseur pour la croissance économique future. Dans les obligations, la prime de risque rémunère la transformation des échéances. Les quants cherchent toutefois moultde nombreuses sources de diversification, par exemple dans les options (prix de l’assurance) et les matières premières (écart entre prix au comptant et prix à terme). Cette quête de diversification pousse les quants à multiplier les «petits paris». Leurs portefeuilles contiennent un nombre de positions supérieur à la moyenne et à des gérants actifs comme Warren Buffett.

Les commissions des fonds quants sont très compétitives. Daniel Seiler raconte qu’un client, sachant que la plus-value de l’entreprise provenait de ses ordinateurs et de ses algorithmes, a proposé que les commissions soient du même niveau que les coûts d’électricité. Il plaçait donc le prix du savoir-faire des «PhD» à zéro» s’étonne le directeur. «Nous avons surperformé le SMI de près de 20%, mais le client peine à en reconnaître la valeur», note-t-il.

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