Dix jours. C’est le temps durant lequel une entreprise ne pourra pas compter sur un employé testé positif au Covid-19, qu’il soit asymptomatique ou non, et qui ne peut pas être mis en télétravail. D’abord destinées à celles et ceux qui reviennent des régions «zones rouges», les périodes d’isolement, pour les malades ou les cas contacts, se sont multipliées depuis l’arrivée de la deuxième vague.

Jongler avec les absences au quotidien, les entreprises apprennent. Mardi, chez Felco, le fabricant neuchâtelois de sécateurs, quatre employés étaient chez eux. Dont deux collaboratrices testées positives. «On sait que demain, cela peut changer», lance le codirecteur Christophe Nicolet. Aux Geneveys-sur-Coffrane, quelque 120 personnes travaillent dans les ateliers. Autant de fonctions qui ne peuvent pas être honorées depuis la maison.

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Mais Felco dispose de deux outils pour réduire ces incertitudes et anticiper. Elle a organisé son système de traçage maison, afin de savoir si un employé positif pourrait avoir infecté des collègues. «Certains sont aussi amis. Tous les vendredis, par exemple, six d’entre eux ont l’habitude de jouer à la pétanque ensemble», illustre le patron. La quasi-majorité des employés qui se sont vu assigner une quarantaine par leur employeur l’ont également été par le canton quelques jours après, souligne Christophe Nicolet.

Il se félicite par ailleurs d’avoir constamment incité ses employés à suivre des formations continues et, surtout, des plans de polyvalence ces dernières années. «Cela permet d’être agile, de s’adapter aux besoins du marché.» Ou aux vagues de coronavirus. Ainsi, un employé qui travaille traditionnellement au meulage des lames de sécateurs a été intégré à la chaîne de montage ces derniers jours. «Nous avons des dizaines d’exemples comme celui-ci», conclut Christophe Nicolet.

Pourquoi dix jours?

Les quarantaines sont coûteuses. Même si personne ne sait à quel point. Les statistiques agrégées manquent. Avenir Suisse a tout de même tenté d’évaluer l’ampleur du phénomène. Avec toute la précaution qui s’impose, précise le think tank libéral. Résultat: en quatre mois, de mi-juin à mi-octobre, plus de 200 000 quarantaines ont été ordonnées. Et les premières observations tendent à montrer que seules 4 à 8% de ces personnes ont effectivement été testées positives. De quoi alimenter le propos d’Avenir Suisse selon lequel ce type de mesures doit être mieux ciblé.

«Il y a bien sûr un débat, confirme Marco Taddei, représentant romand de l’Union patronale suisse (UPS). Il ne s’agit pas de contester les mesures sanitaires, mais nous trouvons cette période de dix jours trop arbitrairement décidée. Pourquoi seulement sept jours en France?» interroge-t-il. Ces absences répétées et impromptues d’employés touchent particulièrement les petites entreprises, insiste Marco Taddei. «Et ce qui est malheureux, c’est qu’elles concernent des secteurs où le télétravail est impossible et qui sont déjà en difficulté, comme les hôtels, les restaurants, l’industrie. Pour eux, c’est la double peine.»

Au sein de l’Union syndicale suisse (USS), «nous ne nous prononçons pas sur la pertinence des mesures de santé publique, répond son porte-parole. Mais notre engagement pour un élargissement des plans de protection vise évidemment aussi à faire diminuer les risques de contagion au travail, et donc les vagues de quarantaines dans les équipes, qui peuvent mettre à genoux certaines entreprises».

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Du côté des entreprises, justement, Economiesuisse milite pour un recours plus massif aux tests rapides, qui «ne sont pas parfaits, mais semblent être bons», et dont les résultats sont disponibles en une quinzaine de minutes. «Ils permettraient de réduire massivement les coûts très lourds liés aux quarantaines.» La faîtière des entreprises suisses a été entendue, puisque mercredi le Conseil fédéral a précisé que l'accès à ces tests antigéniques sera multiplié à partir de lundi.