Tous les quatre ans, la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced) réunit un peu plus d'un millier de ministres, représentants du commerce et fonctionnaires internationaux pour un grand remue-méninges. L'exer­cice accouche toujours d'une kyrielle de résolutions, visant en gros à impliquer le commerce dans la lutte contre la pauvreté.

L'édition 2004, la onzième de son histoire, a commencé lundi dans la mégalopole brésilienne de São Paulo. Au-delà du verbiage habituel, les délégués se penchent sur le rôle de l'organisation à l'avenir. Fondée en 1964 dans un contexte post-colonial et de confrontation Nord-Sud, elle a du mal à trouver sa vocation dans la nouvelle ère de la mondialisation. A présent, son travail le plus visible est la publication de rapports annuels sur quatre thèmes: les investissements, les pays les moins avancés, le commerce et le développement et le commerce électronique.

Une question s'impose: à quoi sert vraiment la Cnuced? Elle titille même les quelque 400 fonctionnaires de l'organisation installée dans l'aile moderne du Palais des Nations à Genève. «La Cnuced a été créée pour guider les pays en développement. Ces derniers ont besoin de nous. Nous offrons un autre point de vue que le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et l'Organisation mondiale du commerce», tente d'expliquer une porte-parole. «L'organisation a toute sa raison d'être parce que le multilatéralisme est en crise et que les négociations commerciales sont bloquées à l'OMC», affirme Michel Egger de la Communauté du travail des œuvres d'entraide suisses. «La Cnuced offre des solutions pour réduire les inégalités dans le monde», pense le groupe de pression Oxfam.

La politique, l'affaire des autres

«C'est une vraie usine à palabres d'une autre époque, sans aucun pouvoir, critique un diplomate asiatique en poste à Genève. Elle dilapide des millions à rédiger des rapports qu'on trouve par ailleurs. Nos pays regardent davantage vers l'OMC.» Le sien dispose à Genève d'un collaborateur chargé du dossier «Cnuced et autres», alors qu'une vingtaine est affectée aux négociations commerciales.

D'autres critiques anonymes et plus insidieuses abondent: quelques anciens fonctionnaires vivent encore dans la logique de confrontation Nord-Sud; recrutement politique, recours aux consultants, prolongement du contrat de travail pour des retraités, guerre des clans… Des allégations exagérées, selon l'organisation.

Les bailleurs de fonds (45 millions de dollars sont versés par l'ONU et 24 millions sont des contributions bilatérales) demandent d'y mettre de l'ordre. Et la pression monte dans le cadre de la réunion de São Paulo. Les Etats-Unis en tête, ils exigent que la Cnuced se spécialise dans ses activités d'analyses et dans l'assistance technique. Elle ne doit surtout pas se mêler de la politique économique de l'OMC ou d'autres organisations.

Cette charge contre la Cnuced est dénoncée par les ONG. Oxfam défend «le rôle fondamental dans la promotion d'un commerce favorable aux plus pauvres». Les œuvres d'entraide suisses veulent «lui donner un rôle dans la gestion du commerce mondial». A Genève, le Centre international pour le commerce et le développement durable estime que l'organisation pourrait «se transformer en organe de propositions, apportant des solutions concrètes aux problèmes rencontrés par les pays pauvres».

Ces arguments en font sourire plus d'un. Matthias Meyer, ancien directeur à la Banque mondiale et à présent affecté au Secrétariat d'Etat à l'Economie, déplore que «les ONG voient la Cnuced comme une alternative à l'OMC. Mais ce n'est pas le lieu de négocier des accords ou des conventions, dit-il. Elle devrait se concentrer dans les domaines où elle peut apporter de la valeur ajoutée, quitte à se voir confier de nouvelles tâches et des moyens additionnels.»