Toute la bonne société neuchâteloise était réunie mercredi au château Pernod pour saluer l'arrivée de la société américaine Quark sur le sol cantonal. Détail piquant: cette demeure majestueuse ayant appartenu à Pierre-Alain Blum au temps de sa splendeur et objet de convoitise d'Isabelle Adjani appartient désormais à cette compagnie américaine qui compte parmi les premières entreprises mondiales actives dans le développement de logiciels destinés à l'industrie graphique. Et c'est précisément en ces lieux de prestige que Quark a décidé d'installer son nouveau siège européen. «Un vent frais souffle des Etats-Unis et de Hollande, déclarait dans son allocution de bienvenue Francis Matthey, conseiller d'Etat, chef du Département de l'économie publique. Il nous apporte un nouveau style de management, de nouvelles technologies, l'accès à de nouveaux marchés et de nouveaux contacts. Mais c'est aussi et surtout pour les gens de ce canton de nouvelles possibilités de travail dans un environnement dynamique.»

Les projets de Quark en terre neuchâteloise sont pour le moins ambitieux et la société n'a pas l'intention de perdre une seule minute. Le nouveau siège social européen de cette société basée à Denver sera en effet opérationnel dès août prochain pour accueillir dans les douze mois suivant l'essentiel de ses activités de commercialisation et de formation non seulement pour l'Europe mais également pour une partie de l'Asie, du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Là ne s'arrête toutefois pas la démarche. L'installation dans la maison Pernod sera immédiatement suivie par la construction d'un centre de production sur un terrain industriel déjà acquis par la société. Ces deux unités serviront en premier lieu à la production, à la logistique et au développement d'un système de communications basé sur Internet. En d'autres termes, Quark mise sur le développement du commerce en ligne pour soutenir sa croissance. «Dans les deux semaines à venir, nous avons toute une série de rendez-vous avec différents constructeurs pour planifier notre implantation industrielle, confirmait Adriaan Roosen directeur des opérations européennes de Quark. En d'autres termes, nous voulons aller très vite et nous pensons employer rapidement une cinquantaine de personnes.»

Mystère sur les investissements

Si les dirigeants de Quark sont plutôt prolixes quant à leur vision du futur et le rôle que la société compte y jouer, notamment en ce qui concerne la révolution apportée par Internet et les progrès sociaux qu'elle pourrait impliquer, ils se montrent en revanche très avares de chiffres. Quels investissements la société a-t-elle effectués à ce jour en terre neuchâteloise pour l'acquisition des terrains et de la maison Pernod? Quel est le coût global de son installation en Suisse? Et pourquoi pas le chiffre d'affaires de l'entreprise? «Nous sommes une société privée, précise Adriaan Roosen, raison pour laquelle nous ne publions pas nos résultats. Quant à notre présence en Suisse, je n'ai pas encore les chiffres précis, c'est pourquoi je préfère ne pas donner de fausses informations. Mais je peux affirmer que l'investissement est substantiel.» Faute de mieux, on apprenait toutefois de sources proches de l'entreprise que si Quark était cotée sur les marchés financiers, sa capitalisation boursière avoisinerait les 2 milliards de dollars pour un bilan extrêmement sain et d'importantes liquidités. Son arrivée à marche forcée à Neuchâtel et les acquisitions effectuées tendraient à le prouver.

Reste que pour la promotion économique du canton, cette nouvelle implantation est une réelle victoire. Avec son langage imagé, son directeur Karl Dobler n'a pas manqué de le rappeler: «La promotion économique est devenue une réelle industrie où la concurrence est de plus en plus agressive, exigeant savoir-faire et professionnalisme. En ce sens, nous ne pouvons que saluer le choix de Quark qui aura fait durer le suspense jusqu'à la dernière minute. Cette entreprise vient renforcer un pôle de compétences encore peu développé dans le canton, à savoir le commerce électronique qui joue un rôle de plus en plus dynamique dans les différentes économies.» Après Autodesk, c'est donc un deuxième géant du logiciel qui s'implante à Neuchâtel, prémices, selon Caroline Gueissaz, de la promotion économique, d'une série de nouvelles arrivées dans le canton.