C’est une jolie coïncidence. Trois jours après le double non aux initiatives visant à réduire drastiquement les pesticides, une start-up suisse spécialisée dans l’agrochimie vient de lever 14,7 millions de francs. Ecorobotix, basée à Yverdon (VD), conçoit des robots et des machines agricoles visant à réduire de 95% les pesticides diffusés dans les champs. La start-up, qui vient de vendre ses premières machines, cherche désormais des partenaires de taille mondiale.

Fondée en 2014 par Aurélien Demaurex et Steve Tanner, Ecorobotix en est à son troisième tour de financement majeur. Au total, la société a levé environ 28 millions de francs, notamment auprès de Swisscom – qui a mené l’opération annoncée mercredi – et des investisseurs Verve Ventures, CapAgro, 4FO Ventures et BASF Venture Capital. «Les solutions d’Ecorobotix aident les producteurs non seulement à réduire leur utilisation de produits phytosanitaires jusqu’à 95%, mais aussi à diminuer leurs coûts d’exploitation», a affirmé Dominique Mégret, responsable de Swisscom Ventures.

«Etape déterminante»

Durant des années, l’entreprise vaudoise a développé ses robots, tirés pour l’heure par des tracteurs, en menant de nombreux tests avec des agriculteurs en Suisse et en France, notamment. Désormais, Ecorobotix est entrée en phase commerciale. «Depuis ce printemps, nous avons vendu une dizaine de nos machines. C’est un début modeste, mais l’entrée officielle sur le marché est une étape déterminante», affirme Aurélien Demaurex, par ailleurs directeur de l’entreprise. Les machines sont soit vendues directement auprès des agriculteurs, soit auprès de tiers qui vendent leurs services aux responsables d’exploitation. Chaque machine vaut aujourd’hui un peu moins de 100 000 francs.

Aurélien Demaurex vise plus grand: «Nous avons très vite vendu toutes nos machines. Désormais, nous devons augmenter sensiblement notre capacité de production. Mais nous ne pourrons pas le faire seuls, nous ne sommes pas un acteur de la taille d’un John Deere, par exemple. Nous cherchons désormais des partenaires stratégiques de taille mondiale pour assurer la production et la distribution de nos machines.»

Détection par caméras

Les robots de l’entreprise vaudoise sont équipés de différents capteurs, dont des caméras, capables de détecter la présence de mauvaises herbes. La projection de pesticides s’effectue ensuite uniquement là où la mauvaise herbe a été repérée. «Nous continuons à créer des partenariats avec des agriculteurs, des coopératives ou des entreprises actives dans la chimie, qui achètent nos machines, les testent pour de nouvelles cultures, comme par exemple le coton, et nous bénéficions de leur retour d’expérience», poursuit Aurélien Demaurex. Le directeur avance aussi un modèle hybride, combinant la vente des machines et un abonnement pour leur utilisation.

Aujourd’hui, Ecorobotix compte 35 employés et devrait prochainement ouvrir cinq nouveaux postes. L’entreprise ne communique pas son chiffre d’affaires.

Quel impact auront, pour la start-up, les votations de dimanche passé? «Indépendamment du résultat, nous en aurions été gagnants, sourit Aurélien Demaurex. Le double non ne va pas faire baisser la pression sur les agriculteurs, qui veulent de toute façon par eux-mêmes réduire la masse de pesticides épandus. Et en cas de oui, nos machines auraient de toute façon accéléré cette transition.»


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