fiscalité

Quatre ans après son arrivée, Noble Corporation quitte la Suisse

Le groupe texan, spécialiste des forages pétroliers, veut s’implanter à Londres. Cette délocalisation pourrait en entraîner d’autres

Les grands groupes ou multinationales risquent de quitter le pays. C’est une menace souvent brandie, notamment par les partis politiques de droite lorsque, à leurs yeux, les conditions-cadres de la Suisse se dégradent. C’était notamment le cas dans le cadre de l’initiative Minder. Et ces entreprises peuvent délocaliser très vite leurs activités. L’entreprise américaine Noble Corporation vient d’en donner un exemple fulgurant. Quatre ans après son implantation à Zoug (en mars 2009), le spécialiste des forages pétroliers tire sa révérence, direction la Grande-Bretagne.

Les actionnaires devront encore se prononcer sur cette délocalisation lors d’une assemblée générale prévue en fin d’année, ressort-il d’une lettre adressée aux employés en début du mois, que Le Temps s’est procurée. Ce transfert à Londres est justifié par les mêmes arguments que ceux utilisés à l’époque lors de l’implantation en Suisse depuis les îles Caïmans, considérées comme un paradis fiscal, constate la Neue Zürcher Zeitung.

«Le régime fiscal britannique, bien établi, aidera Noble Corp. à maintenir sa position concurrentielle sur le marché mondial», selon les propos de David W. Williams, président et directeur général du groupe d’origine texane. En d’autres termes, la société aurait trouvé de meilleures conditions sur l’île britannique. Plus loin, le président écrit que le Royaume-Uni dispose d’un environnement politique et juridique stable.

Est-ce à dire que la Suisse a perdu toutes ces vertus? La lettre ne donne aucune réponse mais précise que le groupe va maintenir une présence à Zoug. Dans le rapport annuel, il est aussi mentionné que l’entreprise dispose d’activités à Genève. Le porte-parole de la société n’a pas indiqué combien de collaborateurs travaillent pour l’heure en Suisse. Le canton de Zoug parle de «quelques» employés à peine.

«Nous sommes surpris de ce départ dans un pays, membre de l’Union européenne, qui met la pression sur le régime fiscal dont bénéficient les entreprises en Suisse», selon Bernhard Neidhart, directeur de l’Office de l’économie et du travail du canton de Zoug. Londres semble en effet jouer un double jeu. Avec d’un côté, au niveau international, un combat contre les régimes fiscaux dits avantageux en vigueur dans d’autres Etats. De l’autre, dans son propre pays, avec une nouvelle politique, très attractive, pour attirer de nouvelles entreprises. Une stratégie qui passe notamment par une fiscalité concurrentielle. Ainsi, le groupe Ensco, arrivé du Delaware en 2010, bénéficiait d’un taux d’imposition de 17% l’an dernier au Royaume-Uni, contre 20,9% pour Noble Corp.

La NZZ craint désormais d’autres délocalisations. Peut-être de Transocean, Weatherford ou encore Foster Wheeler, des sociétés venues ces dernières années en Suisse pour des motifs identiques.

«Nous sommes surpris de ce départ dans un pays, membre de l’UE, qui met la pression sur le régime fiscal suisse»

Publicité