Ne nous y trompons pas. Certes, Meta, maison mère de Facebook, a dévissé en bourse de plus de 23% à l'ouverture de Wall Street jeudi, faute d’avoir répondu aux attentes des analystes. Mais en analysant finement ses chiffres, on constate que l’empire dirigé par Mark Zuckerberg a encore augmenté de taille en 2021, malgré des scandales à répétition. Dans le même laps de temps, Apple, Microsoft et Google sont devenus plus puissants encore. Profitons de la publication des résultats annuels de ces quatre géants de la tech – ceux d’Amazon sont attendus dans la nuit de jeudi à vendredi – pour saisir l’importance de leur croissance, au travers de quatre chiffres.

3,59 milliards

C’est le nombre d’utilisateurs mensuels à l’un des services de Meta, qu’il s’agisse de Facebook, Instagram ou WhatsApp. Un Terrien sur deux a donc régulièrement un contact avec l’une des applications du groupe de Mark Zuckerberg. On a beaucoup parlé du risque de déclin de son empire. Mais les chiffres, sur la durée, disent toujours le contraire, puisque le groupe a gagné, en un an, 290 millions d’utilisateurs. Et chaque jour, 2,82 milliards de personnes utilisent l’un des services de Meta.

Certes, la hausse a ralenti lors du quatrième trimestre 2021. Et il y a eu une baisse chez Facebook. Mais elle est marginale, le nombre d’utilisateurs étant passé, d’un trimestre à l’autre, de 1,930 milliard à 1,929 milliard. Un million de personnes en moins, donc, ce qui ne saurait être considéré comme un chiffre significatif. D’abord parce que Facebook a déjà connu une baisse en Europe, aussi de l’ordre du million d’utilisateurs, en 2018 suite au scandale lié à Cambridge Analytica. Et lors du quatrième trimestre 2021, malgré les révélations de la lanceuse d’alerte Frances Haugen, Facebook a gagné un million d’utilisateurs en Europe, mais en a perdu trois millions en Afrique et en Amérique du Sud.

Lire: Des résultats décevants pour les débuts de Meta

Il est donc bien trop tôt pour parler du déclin de Facebook, même si la concurrence d’un TikTok a certainement des effets. Instagram continue à copier des fonctions du réseau social chinois à la mode. Et si les dirigeants de Meta ont autant parlé de la concurrence lors de la présentation des résultats mercredi soir, c’est aussi pour amadouer des autorités qui accusent le groupe d’abus de position dominante.

Malgré des investissements conséquents dans le métaverse, son futur monde virtuel, Meta a réalisé un bénéfice net de 10,3 milliards de dollars lors du seul quatrième trimestre.

1,8 milliard

C’est le nombre d’appareils actifs sur la planète actuellement revendiqués par Apple. Ce sont des iPhone, des iPad ou des Macs qui ont eu un contact, les 90 derniers jours, avec un service en ligne d’Apple. On ne parle donc pas d’appareils qui dorment dans des tiroirs, mais bien de machines qui rapportent de l’argent à Apple. Ce chiffre est à comparer avec ceux précédemment donnés par l’entreprise pour saisir l’extension de son empire. Il y a un an, Apple revendiquait 1,65 milliard d’appareils, et 1,5 milliard début 2020.

La société dirigée par Tim Cook ne se contente pas de s’assurer de la fidélité d’utilisateurs d’iPhones, qui renouvellent souvent leurs téléphones. Elle conquiert aussi de nouveaux clients et se pose en rival de plus en plus solide face à Google, qui lui revendique environ trois milliards de smartphones actifs, tournant avec son système Android.

Si ce chiffre de 1,8 milliard d’appareils actifs est si important pour Apple, c’est surtout parce qu’il permet au groupe de vendre de plus en plus de services à ses clients, que ce soit du stockage en ligne, de la musique, des jeux ou d’autres applications payantes. Des revenus souvent récurrents achetés par des clients fidèles… Le modèle parfait.

En 2021, Apple a gagné 78 milliards de dollars avec les services, qui constituent 16% de son chiffre d’affaires, mais 26% de son bénéfice brut. Lors du dernier trimestre, le chiffre d’affaires généré par les services a crû de 24%. Rappelons que lors des trois derniers mois, Apple, qui flirte avec les 3000 milliards de dollars de valorisation boursière, a réalisé un chiffre d’affaires global de 124 milliards pour un bénéfice de 34,6 milliards.

76 milliards

C’est, en dollars, le bénéfice affiché par Google en 2021. Tout simplement le double par rapport à 2020. Pandémie ou pas, le modèle d’affaires du groupe profite de toutes les situations. Lorsque l’économie physique est à l’arrêt, les Terriens passent davantage de temps en ligne et voient davantage de publicité. Lorsque l’économie repart, les entreprises accroissent leurs dépenses publicitaires. Dans les deux cas, Google est gagnant.

Et comme souvent avec les géants de la tech, l’acteur le plus gros d’un marché est quasiment inattaquable. Selon les prévisions de la société de recherche américaine eMarketer, la domination de Google va perdurer. Selon eMarketer, la publicité devrait rapporter plus de 171 milliards de dollars à Google cette année, soit 30% du gâteau mondial, juste devant Facebook (23,7% de parts de marché).

Aucun nouvel acteur n’émerge sur le marché de la publicité, où Facebook semble en plus souffrir des nouveaux paramétrages proposés par Apple sur ses appareils. Pour Google, la seule véritable menace, à moyen terme, se situe sur le terrain de la justice et de la régulation, avec plusieurs procédures en cours pour abus de position dominante. Mais si le nombre de procédures a augmenté ces derniers mois, elles n’ont pas abouti et n’ont pas eu d’effet concret. De plus, si l’Europe avance avec ses projets de régulation, la situation semble bloquée à Washington, où Démocrates et Républicains ne parviennent pas à s’entendre pour réguler les géants de la tech. Google est encore tranquille.

25%

C’est la hausse du chiffre d’affaires généré par Windows lors du quatrième trimestre 2021. Oui, ce système d’exploitation demeure l’un des fers de lance de Microsoft aujourd’hui, système qu’aucune autre entreprise n’a réussi, ces vingt dernières années, à attaquer. La reprise économique et le retour au bureau ces prochains mois devraient permettre au groupe de vendre encore davantage de licences.

Microsoft a été sous les projecteurs dernièrement avec son rachat, pour près de 70 milliards de dollars, du studio de jeux vidéo Activision Blizzard, ce qui permettra d’accroître son emprise sur ce marché. Mais c’est aujourd’hui le secteur bureautique qui demeure en plein boom chez Microsoft. La division qui inclut Office a connu une croissance de 19% avec près de 16 milliards de chiffre d’affaires. Et le système de vidéoconférence Teams compte plus de 270 millions d’utilisateurs mensuels.

Sans parler de son service cloud et de LinkedIn, eux aussi en croissance sensible, Microsoft continue, sans trop attirer l’attention, à dominer le marché entreprise, incitant de plus en plus administrations, PME et multinationales à s’abonner à davantage de ses services.