Les quatre grandes priorités des assureurs suisses

Analyse Le regard est centré sur la distribution, la technologie, le capital et la conformité aux réglementations

De l’initiative pour une caisse publique à la reprise de la Nationale par Helvetia pour 1,4 milliard de francs en passant par le débat sur le projet de réforme Prévoyance vieillesse 2020, l’actualité a été chargée dans le monde feutré de l’assurance suisse.

De façon générale, les assureurs suisses se portent bien. Leur solvabilité et leur rentabilité sont satisfaisantes. La sinistralité est faible et les marchés financiers sont bien orientés.

Désinvestir plutôt que racheter

Les actions des assureurs suisses traduisent la sérénité qui règne dans la branche. Leur performance 2014 est supérieure à la moyenne des valeurs suisses (indice SMI +2,7%) ainsi qu’aux deux leaders européens Allianz (– 6,6%) et Axa (–11,7%). La Nationale Suisse arrive en tête (+16,9%), en raison de l’OPA d’Helvetia, devant la Vaudoise (+9%), Zurich (+7%) et Bâloise (+2,6%). La seule fausse note est venue de Swiss Re. Les tarifs de réassurance sont particulièrement sous pression en raison de l’afflux de nouveaux capitaux.

Au sein des assureurs suisses, les priorités sont au nombre de quatre. La gestion du capital est la plus importante, à l’égard tant des acquisitions que des placements. En Europe, dans l’anticipation de la directive Solvabilité II en janvier 2016, le phénomène est encore plus prononcé qu’en Suisse. Le bilan des fusions et acquisition traduit un désir plus marqué de désinvestir des activités devenues non prioritaires que de procéder à des acquisitions, selon Towers Watson. Quatorze mois avant Solvabilité II, les groupes européens n’effectuent des acquisitions qu’à la condition de les rentabiliser en un ou deux ans, selon le consultant. Priorité au court terme et à la conformité aux réglementations!

Selon les analystes de Morgan Stanley, il serait erroné de croire qu’en raison de l’échéance de 2016 les assureurs procéderont à des augmentations de capital significatives. Leur position est meilleure que celle des banques. Mais ils limiteront leurs dépenses et certains devront lutter pour ajuster leurs modèles de risque. Le fait que le taux d’endettement net des assureurs poursuive sa baisse s’inscrit dans cette logique. Il s’élevait à 780% en 2008 et il est tombé à 418% à fin juin.

Au sein des 48 acquisitions intervenues au premier semestre, deux priorités émergent très clairement, le renforcement de la ­distribution des produits et la technologie. Ce sont deux préoccupations majeures de la branche, tant en Suisse que dans l’UE.

L’innovation technologique est prioritaire dans la gestion des risques autant que dans la distribution des produits. Selon le réassureur ACE, le risque numérique est, au sein des activités internationales, le plus important aux yeux des groupes suisses.

L’immobilier moins risqué que l’or

Très fortement investis dans les obligations, les assureurs ont profité de la baisse des taux d’intérêt à long terme. Mais avec un rendement des obligations de la Confédération de 0,3%, les gains futurs devraient être limités.

Les portefeuilles des assurances n’ont guère été modifiés d’une année à l’autre. La part en actions a été légèrement relevée, alors que celle des obligations d’entreprise a été quelque peu réduite.

Les autorités de réglementation incitent les assureurs, par l’intermédiaire des exigences de fonds propres, à s’exposer principalement au risque des obligations souveraines. Ce n’est pas le fruit du hasard si 30% des investissements des assureurs européens sont en obligations d’Etat. Dans un contexte de baisse des taux, les assureurs en profitent. Mais ce choix traduit une absence de prise de risque.

Les exigences de fonds propres distinguent entre les risques de marché (actions, obligations, or, immobilier indirect) et les risques de crédit (hypothèques par exemple) sur base individuelle. Les fonds propres nécessaires aux crédits sont plus sévères que pour les risques de marché. Et au sein de ces derniers, ils sont plus élevés pour les actions que pour l’or, sensiblement égaux entre l’immobilier indirect (fonds immobiliers par exemple) et l’or et moins élevés pour l’immobilier direct que pour l’or. Chaque assureur peut faire ses choix en fonction de son niveau de solvabilité et de sa capacité à prendre des risques. Parmi les plus solides du pays, la Vaudoise est par exemple la plus ­investie en actions (15%) et la ­Mobilière en or (4,2% de ses placements).