Un vaste local à poussettes, juste à côté de l’entrée. Un parvis faisant office de terrasse collective. Et des appartements distribués autour d’un grand noyau central convivial qui baigne dans une lumière zénithale… Le futur immeuble du chemin des Palettes, à Lancy (GE), incarne déjà sur plan sa vocation bienveillante, son rôle fédérateur pour des habitantes en proie à des situations personnelles, familiales ou professionnelles sous tension.

Dès la fin de l’année prochaine, il accueillera des femmes avec ou sans enfant, ne disposant que de revenus modestes, dans ses 29 appartements allant du deux-pièces au quatre-pièces. Ce grand navire n’est pas un foyer d’accueil ni même une antenne reliée à une institution. Il a été construit par une association de femmes genevoises, créée en 1960 dans le but d’offrir aux Genevoises en difficulté des logements abordables.

Avant Mai 68

L’initiative est celle de Renée Girod, une femme aisée, médecin et présidente du Centre de liaison des associations féminines genevoises. «A force de visiter les familles, elle voyait que les femmes séparées, divorcées ou célibataires faisaient face à de grandes difficultés. Il faut se rappeler qu’à l’époque, elles ne pouvaient pas signer seule un bail ou ouvrir un compte bancaire», explique l’actuelle présidente de l’association, Sheila Buemi-Moore. La doctoresse a voulu les aider en leur offrant un lieu de vie bienveillant pensé pour elles.

En utilisant ses fonds propres, Renée Girod a construit un premier immeuble au quai des Vernets, au bord de l’Arve, en 1962. «Les candidates ne se sont pas fait attendre. Elle a reçu 189 demandes pour 42 appartements, ce qui prouvait la demande réelle pour ce type d’opportunités», relève celle qui préside l’association depuis trois ans. Deux autres immeubles ont suivi à l’avenue de Chamonix, totalisant 129 logements.

Pour agrandir son offre, l’association cherchait activement depuis dix ans un terrain en sollicitant la ville ou l’Etat de Genève pour demander un droit de superficie. «Les concours ouverts aux associations, souvent avec un immeuble déjà construit, n’ont rien donné. De fil en aiguille, grâce à notre réseau qui grandissait et surtout à la régie immobilière chargée de nos immeubles, on a pu obtenir un partenariat privé-public avec l’Etat de Genève», détaille Sheila Buemi-Moore.

L’immeuble de cinq étages en cours de construction est en droit de superficie sur un terrain de la Fondation pour la promotion du logement bon marché et de l’habitat coopératif (FPLC). Piloté par le département Asset Development de la Société Privée de Gérance (SPG), avec sa directrice Dominique Bakis, il a été conçu par le bureau d’architectes Amaldi Neder, et est réalisé par l’entreprise générale Maulini. Son chantier a démarré avec la démolition des constructions préexistantes en mars 2019, et devrait être finalisé d’ici à la fin 2021.

«L’une des contraintes était la présence, dans un gabarit très strict, de trois maîtres d’ouvrage ayant des objectifs différents: d’un côté des appartements locatifs à loyer libre, de l’autre des propriétés par étages, et au centre des logements à loyer modéré. Chargés de la partie centrale, nous avons défendu l’idée d’une même façade pour harmoniser l’ensemble, sans que notre section du bâtiment dont le budget était inférieur soit péjoré» note d’emblée Federico Neder, architecte associé du bureau carougeois Amaldi Neder.

Noyau convivial

A l’intérieur du plan, les architectes ont agencé 29 appartements sur six niveaux autour d’un noyau central où se trouve la cage d’escalier. «Nous le voyons comme un lieu d’échanges conviviaux entre les habitantes, lumineux, tout l’inverse des couloirs de distribution classique des barres de logements», précise-t-il.

Dans les appartements, un maximum de qualités architecturales sont privilégiées dans toutes les typologies: des balcons pour chaque unité, des façades entièrement vitrées, des choix de matériaux axés sur des couleurs claires, des revêtements de sol avec de grandes plaques pour minimiser les joints, des portes palières en bois de chêne clair.

«Au niveau de l’image du bâtiment, nous avons travaillé selon un rythme horizontal, avec des balcons filants sur l’ensemble de l’immeuble. La façade est pensée comme une sorte de rideau uniforme, la menuiserie et les parties pleines ont une teinte foncée pour accentuer la profondeur, tandis que les balcons et les garde-corps sont plus clairs pour accentuer la volumétrie», développe le concepteur. A l’échelle du quartier en devenir, la rue qui traverse le futur pâté de maisons sera aménagée en piste cyclable et rue piétonne.

550 femmes aidées

«Ce nouveau projet est une belle manière pour l’association de célébrer ses 60 ans d’existence, se réjouit Sheila Buemi-Moore. Depuis sa fondation, elle a permis à plus de 550 femmes de se loger. Mais nous sommes toujours en recherche active de legs de terrains en pleine propriété ou de terrains en droit de superficie, pour continuer à grandir. La demande est croissante et la crise sanitaire a aggravé les situations avec ses répercutions sur l’emploi.»

Si dans ses trois premiers immeubles, l’association limitait la durée des baux à trois ans pour aider un maximum de locataires, ce quatrième bien proposera des baux à durée indéterminée, visant aussi les femmes retraitées. «La limite de trois ans nous permet d’aider les étudiantes, les femmes qui sortent de violences conjugales ayant besoin de stabilité, les femmes séparées ou divorcées qui veulent retrouver une indépendance ou les mères en proie aux pressions des familles monoparentales, détaille la présidente. On offre un moment de répit, un cadre bienveillant, aux candidates motivées à regagner une autonomie. Le quatrième immeuble sera différent, nous le voyons comme une bulle durable.»