Quels produits sont innovants, mais surtout commercialisables à l'étranger? Telle est la question que s'est posée la convention des associations européennes de multimédia pour désigner les lauréats de son prix, dévoilés le 16 mars dernier au CeBIT – la grande foire allemande consacrée à l'informatique et aux domaines des high-tech –, à Hanovre.

Sur la quarantaine de sociétés ayant reçu le Sceau européen de l'excellence multimédia 2005, quatre sont suisses. Toutes vaudoises plus précisément. Survol de ces PME qui emploient entre deux et douze personnes et qui, discrètement, lorgnent sur les pays voisins, voire plus loin…

Balade sur mesure

Déjà connue pour son portail géographique swissgeo.ch, visité chaque jour par près de 10 000 internautes, Geomatic Ingénierie poursuit son développement dans les nouvelles technologies. Ainsi, à la foire du high-tech, la société d'Epalinges s'est appuyée sur la cartographie, sa force, et une dynamique équipe d'ingénieurs pour présenter des projets dans le tourisme. «GeoRando permet aux divers organismes et associations de compiler une foultitude d'informations pour réaliser leurs propres randonnées», explique Thierry Pilet, un des trois fondateurs de la société avec John Girod et Jean-François Henzelin.

Suisse Tourisme et Vaud Tourisme ont déjà adopté la technologie. Cette application est également disponible pour les particuliers, qui peuvent se concocter des balades sur mesure, téléchargeables sur un assistant personnel (PDA). L'avantage par rapport à un simple GPS? «Nous proposons un itinéraire personnalisé. Chacun pourra y noter ses points d'intérêt, la localisation du refuge où il entend pique-niquer, etc.», résume Thierry Pilet.

Inventaires sans souci

Patrick Mariaux et Ivan Puddu, éditeurs du logiciel Director Assistant pour la gestion globale des PME, ont pensé à ceux qui sont plutôt casaniers. Inventory, le nouveau logiciel de leur société Blu Real, est destiné aussi bien aux particuliers qu'aux entreprises et permet de stocker toutes les informations pour la gestion d'une cave à vin, d'une vidéothèque ou de toutes autres collections. «Chaque inventaire a ses spécificités, détaille Patrick Mariaux. Pour des tableaux par exemple, il faut pouvoir gérer la valeur des œuvres en fonction des expertises. Pour d'autres biens, la question des amortissements peut se poser.» Une version bêta a été présentée à Hanovre, le produit ne sera disponible que dans un mois. Pour s'ouvrir les portes de l'Europe, la société d'Allaman entend traduire l'application en italien et en allemand cette année encore.

Des sites faciles à gérer

NetSME Consulting vise un autre continent avec son produit Quicksite, qui permet une gestion simple et en ligne du contenu des sites internet. «Certains peuvent considérer que ce n'est pas très innovant, admet Sylvain Moesching, en charge du développement. Mais c'est notre envie de pénétrer le marché chinois qui a séduit le jury. Partir à l'international est un pas difficile à franchir, alors autant opter pour un marché de 11 millions de PME, qui ont besoin d'administrer 11 millions de sites.» La société basée à Bex explique que son application, qui possède des références comme la Ville de Vevey ou Longines, est rentable depuis deux exercices déjà. Séduira-t-elle les Chinois?

Un logiciel pour prévenir les accidents cardio-vasculaires ABMI, elle, s'intéresse carrément au marché mondial. L'entreprise créée par Claudio Lucchesi, docteur en physique théorique, produit des systèmes pour la neurologie et la prévention des accidents vasculaires cérébraux. «En fait, nous développons des systèmes experts qui analysent les flux sanguins dans le cerveau et détectent les emboles, ces petites particules qui peuvent obstruer les vaisseaux. Ce logiciel se greffe sur les machines existantes dans les salles d'opération», précise Claudio Lucchesi. Reste donc à finaliser les négociations avec les sociétés intéressées par une licence. Le marché global du monitoring neurologique est estimé à 1,5 milliard de francs par année. Mais pour vraiment démarrer la phase de commercialisation la start-up, toujours basée à l'EPFL à Lausanne, recherche des fonds. Après le Prix du Wall Street Journal en 2003, celui de Hanovre pourrait réveiller les investisseurs. «Certains m'ont contacté spontanément», confirme le docteur. Les quatre sociétés s'accordent pour dire que le Prix du CeBIT leur offre une visibilité supplémentaire. Et espèrent que cette reconnaissance va agir comme un accélérateur sur leur développement à l'étranger.