Que s’y passe-t-il? Contrairement à d’autres grands rassemblements de décideurs (G20, Sommets sur le climat, etc.), le WEF n’est pas un lieu de prise de décisions, puisque les invités n’y sont pas délégués par leur gouvernement. Cinq jours durant, les participants transitent de conférences en débats, de séances plénières en workshops, faisant leur choix dans un programme extrêmement dense. Chaque année, un thème est assigné à la rencontre. En 2011, le thème est «Des normes communes pour la nouvelle réalité». Cependant, avec plus de 200 rencontres programmées, le forum de Davos est un lieu où l’on parle de tout: d’économie bien sûr, et de management, mais aussi de la guerre, la pauvreté, l’écologie, la santé… Surtout considéré comme l’occasion de rencontres informelles, les «leaders globaux» (ainsi que le WEF désigne ses invités) profitent aussi de se trouver rassemblés en un seul endroit pour fixer beaucoup de rendez-vous utiles d’un coup. Enfin, le forum de Davos est une caisse de résonance mondiale pour des déclarations d’intentions et des promesses en tout genre. ■ Est-ce bien utile? L’objectif déclaré du WEF est d’«améliorer l’état du monde». Une ambition globale qui ne produit que rarement des résultats concrets. Néanmoins, au cours des 40 derniers forums, des rencontres cruciales, notamment en matière de politique internationales, ont pu être organisées dans ce cadre. Rencontres qui lui ont valu la réputation de terrain neutre privilégié: en 1989, des représentants des deux Corées se sont parlés pour la première fois depuis l’armistice. En 1992, Frederik de Klerk serrait la main de Nelson Mandela. En 1994, c’était au tour de Shimon Peres et Yasser Arafat. Fortement critiqué pour n’être, en apparence, qu’un «club des riches», le forum cristallise la colère des altermondialistes et donne lieu à de violentes manifestations depuis les années 90. La Suisse doit en conséquence déployer des dispositifs de sécurité exceptionnels. Cette année, 5000 soldats seront mobilisés, et la sécurité aérienne sera assurée conjointement par les armées suisse et autrichienne. Le coût de cet engagement militaire a été évalué à «environ 1,5 million de francs». Depuis 2003, le WEF organise également un «Open Forum» en collaboration avec la Fédération des églises protestantes de Suisse. Conçu comme une réponse à ceux qui reprochent au WEF sa vision trop libérale de la globalisation, l’Open Forum est le lieu d’un débat, ouvert à tous puisque gratuit, au sujet de la mondialisation et ses conséquences. ■ Qui participe au forum? Quelque 2500 participants sont attendus à Davos en 2011, dont environ 1400 dirigeants de très grandes sociétés. En effet, les 1000 plus grosses entreprises du monde selon le classement du magazine Fortune (basé sur leur chiffre d’affaires) s’acquittent d’une cotisation annuelle de 42’500 francs pour être membres du WEF, puis de 19’638 francs pour le membre de leur direction qui se rend à Davos. Une petite centaine de multinationales versent en outre 500’000 francs par an en tant que «partenaires stratégiques». Se rendent également à ce forum un vaste panel de politiciens. Cette année, ils ne seront pas moins de 35 chefs d’Etat ou de gouvernement. Dix-neuf des vingt pays du G20 seront représenté au niveau ministériel ou supérieur. e Président de la Fédération de Russie, Dmitry Medvedev, prononcera le discours d’ouverture. Parmi les autres «leaders» du G20 présents, on peut noter: Felipe Calderón, Président du Mexique; David Cameron, Premier ministre britannique; Angela Merkel, Chancelière allemande; Herman Van Rompuy; Président du Conseil de l’Union européenne; Nicolas Sarkozy, Président de la France, Susilo Bambang Yudhoyono, Président de l’Indonésie; et Jacob G. Zuma, Président de l’Afrique du Sud. Et voici encore d’autres personnalités dont la présence est confirmée: John Mills, Président du Ghana; Raila Amolo Odinga, Premier ministre du Kenya; Paul Kagame, Président du Rwanda; Antonio De Aguiar Patriota, Ministre des relations extérieures du Brésil; Timothy F. Geithner, Secrétaire du Trésor américain; Juan Manuel Santos, Président de la Colombie; Chen Deming, Ministre du Commerce de la République populaire de Chine; Pranab Mukherjee, Ministre des Finances de l’Inde; Abhisit Vejjajiva, Premier ministre de la Thaïlande; Kevin Rudd, Ministre des Affaires étrangères de l’Australie; et pour l’Europe: Tarja Halonen, Présidente de la Finlande; Bronislaw Komorowski, Président de la Pologne; Lars Lokke Rasmussen, Premier ministre du Danemark; George A. Papandreou, Premier ministre de la Grèce; Fredrik Reinfeldt, Premier ministre de la Suède. Côté suisse, quatre conseillers fédéraux sont annoncés: Micheline Calmy-Rey, Johann Schneider-Ammann, Doris Leuthard et Eveline Widmer-Schlumpf. Le chef du Département fédéral de la Défense Ueli Maurer se rendra également à Davos, mais pour une visite à la troupe chargée de la sécurité. Sont aussi invités divers représentants du monde académique et de toutes sortes d’organisations non-gouvernementales, religieuses, syndicales, etc. Par le passé, quelques célébrités ont ponctuellement fréquenté Davos, comme le chanteur Bono, les acteurs Angelina Jolie, Richard Gere et Michael Douglas, et l’écrivain Paolo Coelho. Ils n’étaient pas venus en 2010. Le chanteur de U2 fait lui son retour cette année. Depuis trois ans, le WEF exploite aussi son partenariat avec YouTube pour mettre au concours une invitation, dont un jeune peut profiter pour venir à Davos défendre une cause qui lui est chère. ■ Qui organise tout ça? Klaus Schwab incarne le forum depuis 1971, année où ce professeur d’économie à l’Université de Genève a entrepris d’inviter quelque 450 chefs d’entreprises et une cinquantaine de représentants du monde académique à discuter, cinq jours durant, de nouvelles méthodes de management venues des Etats-Unis. Le Forum économique mondial (World Economic Forum) est une fondation à but non lucratif qui s’est donné pour mission «d’améliorer l’état du monde». Elle emploie environ 300 personnes et son siège est à Cologny, dans le canton de Genève. Au sein de son conseil de fondation, qui comprend 22 membres, se côtoient l’ancien premier ministre britannique Tony Blair, la reine Rania de Jordanie, la ministre française de l’Economie Christine Lagarde, l’ancien Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, la présidente du MIT Susan Hockfield, ainsi que les patrons de Nestlé, Renault-Nissan, Deutsche Bank, Publicis, Dell, Thomson Reuters ou encore PepsiCo.