Principe: «La faillite partielle de la Grèce est inévitable. A partir de là, on mouline…» Eurodéputé vert français, l’économiste Pascal Canfin résume bien l’état d’esprit majoritaire dans les instances européennes: une restructuration plus dure de la dette grecque ne pourra pas être évitée. Pour Jan Poser, une telle éventualité serait plus judicieuse dans une année. Les banques créancières auront d’ici là le temps de s’y préparer. «On peut espérer que le Portugal et l’Irlande, les deux autres pays de la zone euro qui bénéficient d’une aide multilatérale, se seront aussi remis sur les rails», dit-il. «Il y a nécessité de purger l’excès de la dette; on n’y échappera pas», tonne le stratège de la banque Lombard Odier.

Risques et conséquences: A Bruxelles, tout doit être mis en œuvre pour le faire de la manière la plus ordonnée possible, au sein de la zone euro, avec pour priorité d’empêcher que le domino bancaire hellénique ne provoque un séisme bancaire majeur. L’hypothèse de travail la plus souvent entendue? Une décote de 40 à 50% des 300 milliards d’euros de dettes qui asphyxient la Grèce. Les banques européennes, plus particulièrement françaises et allemandes, ayant de fortes expositions sur ce pays seraient durement secouées, mais tiendraient, à la condition que les banques grecques (dont plusieurs sont des filiales de banques françaises ou allemandes), elles, soient immédiatement nationalisées ou recapitalisées.

Ce scénario bénéficierait en outre de la crise actuelle: «Il faut profiter de la déprime des marchés boursiers pour passer à l’acte et remettre la Grèce en salle de chirurgie. Vite!» plaide l’économiste Raoul Ruparel, du think tank Open Europe.

En plus de cette faillite partielle, Samy Chaar préconise l’émission d’euro-obligations pour financer un fédéralisme budgétaire en Europe. «Passer par là conduit à plus d’intégration européenne», dit-il. L’inconvénient est que cela exigerait un énorme investissement de temps et de moyens ainsi que la modification de la Constitution allemande.

«Un défaut de paiement ne concernera pas seulement la dette souveraine mais aussi celle du système bancaire, qu’il faudra sauver, explique Jan Poser. Les banques grecques ont beaucoup emprunté ces dernières années, notamment auprès de la BCE.»

Le chef économiste de la banque Sarasin met enfin en garde contre la contagion à d’autres pays de la zone euro. Si la Grèce fait défaut de paiement, le Portugal, l’Irlande, mais aussi l’Italie et l’Espagne pourraient y être contraints.

Probabilité: «Si la probabilité est de 60% pour le scénario 1, celle d’un défaut est de 30%», déclare Jan Poser. Et d’ajouter: «Si le FMI s’oppose à un défaut, les Européens devraient prendre à leur charge sa tranche de crédit.»

A Bruxelles, les observateurs ont même identifié le moment le plus propice à une restructuration de la dette grecque: novembre-décembre, après que tous les dix-sept pays membres de la zone euro ont validé les nouveaux statuts de l’EFSF.