Genève avait octroyé les permis de travail nécessaires il y a plusieurs mois. Mais, malgré les efforts de promotion économique du canton - les premiers contacts ont été pris il y a environ trois ans et ont ponctués d'une visite des autorités genevoises en Californie au printemps dernier (1) - la très discrète société Palantir Technologies avait finalement renoncé à s’installer, en raison notamment des incertitudes fiscales liées à l’élection du président Donald Trump aux Etats-Unis. Ses hésitations semblent s'être depuis dissipées. La multinationale américaine, relativement inconnue du grand public, mais qui figure pourtant au 4e rang des plus importantes «licornes» – surnom de ces firmes privées valorisées à plus de 1 milliard de dollars – de la planète, vient en effet de poser ses bagages au bout du Léman.

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Objectif de cette silencieuse implantation genevoise: fournir des technologies de l’information et offrir des services de marketing visant à soutenir les services et les ventes des produits d’autres sociétés du groupe, en particulier Palantir Technologies, Inc. S’agit-il d’un nouveau siège européen, dédié aux marchés du Vieux Continent, du Moyen-Orient et de l’Afrique? Pour l’heure, aucune information n’a filtré quant aux intentions helvétiques précises de la société américaine, ni sur ses perspectives de développement – à terme – en Suisse. Top secret également, le nombre de collaborateurs qui seront déployés à Genève.

Une structure fiscalement optimale

Palantir Genève est une société à responsabilité limitée (Sàrl). «C’est tout à fait courant pour une entreprise américaine d’opter pour ce type de raison sociale, principalement pour des raisons fiscales, sans que cela préjuge de l’importance stratégique de l'entité concernée», indique Philippe Monnier, ex-directeur général de la promotion économique de Suisse occidentale (GGBa).

Toutefois, tout semble indiquer que cette nouvelle antenne genevoise, ouverte après des bureaux à Zurich - le capital cumulé des deux sociétés n'est que de 40 000 francs - et qui n'est mentionnée nulle part sur le site de la maison mère, sans par ailleurs qu'aucune annonce de recrutement local ne soit encore visible, ne pèse pas très lourd dans l'organigramme du groupe. Du moins, pour l'instant.

Initialement financé par la CIA

Fondé en 2004, Palantir est aujourd’hui le numéro un mondial du Big Data. Sa valorisation, parmi les plus spectaculaires de la Silicon Valley, est à présent estimée à plus de 20 milliards de francs. A l’origine spécialisée notamment dans les solutions contre la fraude et le terrorisme, la multinationale employant quelque 2000 salariés et qui a généré en 2015 un chiffre d’affaires de plus de 420 millions de francs – pour environ 80 millions de pertes – s’est depuis diversifiée dans les secteurs de la finance, l’assurance, la santé et les biens de consommation courante.

Palantir compte comme principaux clients le pétrolier BP, l’assureur Axa, le gouvernement américain – plus exactement la CIA - et Credit Suisse. La banque a d’ailleurs lancé une coentreprise (Signac) avec le géant américain de l’analyse des masses de données, dans le but d’analyser les agissements de ses employés pour détecter d’éventuelles fraudes.

(1) Mise à jour le 24 janvier 2018: Suite à de nouvelles information qui nous ont été transmises dans le cadre du Forum de Davos 2018, nous avons ajouté ce passage dans l'article.