L'invitée

Quelqu'un se trompe, le marché obligataire ou les actions?

Pour le premier semestre, les gérants et économistes genevois ont eu raison. Une certaine prudence semble appropriée pour la seconde moitié de l’année et ce surtout pour protéger les profits engrangés au cours du premier semestre, selon Marie Owens, Chef Economiste pour Indosuez Group et vice-présidente de l’ISAG, laquelle réunit l'opinion des experts genevois

Les économistes et stratégistes d’investissement réunis au sein de l’ISAG ont débattu des positions prises depuis le début de l’année, et échangé leurs scénarios pour le deuxième semestre. A l’issue du tour de table de janvier 2017, le message portait sur les risques de déception sur les marchés à cause d’un stimulus fiscal américain moindre que proposé par le candidat Trump, et également un retour plus modéré de l’inflation, contrairement à ce qui était reflété sur le marchés à cette période.

Les experts des banques genevoises ont eu raison

Dans l’ensemble, la vision de ces spécialistes des banques privées genevoises était juste, chose qui - au-delà de toute autocongratulation - mérite d’être dit. Reste maintenant à relever le défi pour la période d’ici à la fin de l’année.

Les marchés affichent actuellement des convictions divergentes. Les marchés obligataires aux Etats-Unis et en Europe suggèrent un ralentissement de l’activité et des taux d’inflation encore extrêmement faibles non seulement sur les années à venir mais sur le long terme. Les taux d’intérêt doivent au minimum rétribuer l’investisseur pour le risque d’inflation implicite. Or le taux à 10 ans américain s’élève actuellement à 2,28% et celui de l’Allemagne atteint faiblement 0,47%. Penser que ces niveaux de compensations vont rester au-dessus du taux d’inflation sur un horizon de 10 ans semble hasardeux.

D’un autre côté, les marchés actions se portent bien. Le S&P500 a marqué un nouveau plus haut le 19 juin, de même que le DAX, entre autres. Ceci témoigne d’une conviction parmi les acteurs boursiers que le risque d’une stagnation ou d’un ralentissement de l’économie est faible, et que les valorisations actuelles des actions sont alors justifiées. A priori, quelqu’un se trompe – soit le marché obligataire soit le marché actions.

Baisse des risques politiques

Les risques politiques ayant sensiblement diminué depuis le début de l’année, les  préoccupations se concentrent désormais sur l’éventualité d’une fin de cycle de l’économie mondiale (et surtout américaine) et par conséquent d’une baisse sensible des marchés boursiers. La politique des banques centrales pourrait en être la clé. Alors que la Fed relève graduellement son taux directeur et s’apprête à diminuer la taille de son bilan, le marché obligataire aurait dû réagir en vendant les obligations et en poussant ainsi les taux à la hausse. Au contraire, les taux d’intérêt américains à 10 ans ont repris le chemin de la baisse après une très brève poussée à la hausse. Il semble probable que cette réalité va rattraper les marchés obligataires d’ici la fin de l’année et que les taux vont alors se trouver au-dessus des niveaux actuels. Pourtant, la hausse devrait être limitée, et insuffisante pour pousser les marchés actions à la baisse, car le resserrement de la politique monétaire demeure graduel.

Les marchés actions ont été soutenus de manière endogène – croissance bénéficiaires - plutôt que sur un quelconque «coup de pouce» fourni par le Président Trump.

Ainsi, il faudrait en toute probabilité un évènement déclencheur pour provoquer une forte correction des marchés actions. Ceci pourrait venir d’une forte chute du prix du pétrole, de l’appréciation sensible du dollar américain, d’un fort redressement des taux d’intérêt, ou d’un ralentissement soudain de l’économie chinoise, pour ne citer que les préoccupations principales.

En outre, le risque réside également dans le fait que Donald Trump pourrait enfin arriver à réaliser certaines de ses réformes, ce qui bouleverserait les marchés qui ne s’y attendent plus. Dans l’immédiat, c’est le prix du pétrole qui constitue la principale menace potentielle pour les marchés qui sont sensibles à toute baisse et ce malgré le fait que le pétrole moins cher serait un facteur positif pour la croissance des économies importatrices de barils. Le prix ne devrait pas tomber en-dessous de 40 dollars le baril sur le WTI pour permettre aux marchés actions de poursuivre leur tendance haussière.

De plus, la croissance actuelle des économies matures est supérieure à la croissance potentielle. Aussi, pour relever cette dernière, il faut faire des réformes structurelles, défi politique pour lequel peu de pays ont la capacité politique nécessaire hormis peut-être la France actuellement. A défaut de réformes structurelles, la tendance serait un ralentissement des économies matures dans les années à venir.

Mieux vaut prévenir que guérir. Une certaine prudence semble donc appropriée pour la seconde moitié de l’année et ce surtout pour protéger les profits engrangés au cours du premier semestre. Problème de luxe, on dirait.

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