A peine la croissance a-t-elle commencé à s’installer à nouveau que la question du «peak oil» refait surface. Ce fameux moment où la production de pétrole touche son zénith et commence à décliner avait hanté la planète il y a deux ans, conduisant rapidement le baril d’or noir à un record de 147 dollars au début de l’été 2008, un sommet inégalé (contre environ 74 dollars aujourd’hui).

S’exprimant jeudi lors d’une table ronde au Forum économique de Davos (WEF), le président du conseil d’administration et directeur général du géant pétrolier saoudien Aramco, Khalid Al Falih, a une nouvelle fois tenu à rassurer consommateurs et marchés. «J’espère que la crise a désormais mis le thème du pic pétrolier derrière nous», a-t-il dit, ajoutant que son groupe a continué à investir selon ses plans, malgré la récession de l’an dernier qui avait ramené un moment le baril à un plancher de 35 dollars.

Des gisements difficiles d’accès

Cette confiance est pourtant battue en brèche par nombre d’experts… et grands patrons. Le président du groupe pétrolier français Total, Thierry Desmarest a ainsi rétorqué qu’à ses yeux l’ensemble des producteurs n’auront guère les moyens de pomper plus de 95 millions de barils par jour d’ici à dix ans, soit seulement 10% de plus qu’actuellement. «Ce n’est pas une question de ressources, elles existent. Mais les nouveaux gisements sont difficiles à exploiter», a-t-il expliqué.

L’exploration nécessite du même coup des investissements de plus en plus grands. Et dans un contexte de volatilité élevée des prix des matières premières, la planification en est rendue d’autant plus ardue. Autre problème, aux yeux de Khalid Al Falih: la volonté des pays industrialisés de consommer moins de pétrole. Cela induit à son avis une incertitude quant à la consommation future et pourrait inciter les producteurs à ralentir le rythme de leurs investissements.

Une telle retenue dans le développement des infrastructures pourrait se révéler dangereuse en terme d’approvisionnement. Car il ne suffit pas de vouloir se convertir aux énergies alternatives pour que le changement se fasse comme aussi simplement et rapidement que lorsque l’on tourne l’interrupteur de la lumière, a imagé Peter Voser, directeur général de Royal Dutch Shell. Cet ancien haut manager d’ABB rappelle qu’il faut «entre 25 et 30 ans entre les débuts de l’exploitation d’une nouvelle forme d’énergie et son utilisation à très large échelle».