Depuis toujours, la formation professionnelle en Suisse repose largement sur les entreprises. Ce sont elles qui assurent l'acquisition de la pratique professionnelle, tandis que les connaissances théoriques et la culture générale sont dispensées en école. Le bon fonctionnement du système dépend donc de leur volonté de former des apprentis. Quelles sont les raisons qui pourraient amener les entreprises à ne pas le faire? Raison financière, l'entreprise devant verser un salaire aux jeunes en formation? Ou raison de disponibilité, puisque former quelqu'un va forcément demander du temps à l'employeur?

Parlons d'abord argent. Des études récentes** ont clairement démontré que la formation professionnelle s'avérait, en moyenne, rentable pour l'entreprise. Autrement dit, sur un cursus de trois ou quatre ans, les coûts liés à la personne en formation seraient compensés par sa production. L'argument de la disponibilité semble – ponctuellement – plus recevable. Dans des périodes conjoncturelles tendues, où toutes les ressources de l'entreprise doivent être concentrées sur la production de biens ou de services, impossible de nier que le temps nécessaire peut effectivement faire défaut. Mais les entreprises avancent aussi d'autres motifs: des exigences de formation plus lourdes, impliquant de nouvelles contraintes administratives et pédagogiques; des jeunes dont les performances scolaires seraient en baisse; des activités trop spécialisées pour couvrir l'ensemble des domaines de formation exigés, etc.

Quelle que soit la pertinence des raisons invoquées, une question cruciale se pose: comment les pouvoirs publics peuvent-ils encourager les entreprises à jouer plus activement leur rôle en matière de formation professionnelle? D'abord en prenant leurs arguments au sérieux, car ils sont révélateurs de difficultés quotidiennes bien réelles. Dans certains cas, la nouvelle loi sur la formation professionnelle peut déjà apporter des solutions. Ainsi, elle permet la constitution de réseaux composés de plusieurs sociétés, chacune contribuant dans son domaine de compétence à la formation des jeunes.

Une autre piste passe par la définition précise des connaissances scolaires minimales pour débuter – et réussir – sa formation, de manière à préparer les élèves en conséquence au cours de leur scolarité obligatoire.

Enfin, un travail d'information est indispensable. Pour expliquer – ou rappeler – que la compétitivité des entreprises, élément central du développement économique de ce pays, est indissociablement liée à la qualité de sa formation professionnelle.

* Directeur général de l'Office genevois d'orientation et de formation professionnelle, gregoire.evequoz@etat.ge.ch

**Voir notamment à ce propos le compte rendu du travail de Samuel Mühlemann, Jürg Schweri et Stéphane Wolter, paru dans «La Vie économique» de septembre 2004.