C'est devenu un leitmotiv. Les cours de recherche d'emploi en ont fait leur base, les ouvrages spécialisés l'affirment, les professionnels de l'insertion le martèlent: pour trouver un emploi, renforcer sa mobilité, réussir une carrière, il faut savoir se vendre. Certains ont même donné un nom – très vendeur, comme il se doit – à ce passage obligé: le «marketing de soi». Apprendre à se vendre, c'est apprendre à soigner son look, à peaufiner sa communication, à gommer toute trace de ses doutes et ses craintes. C'est mettre en valeur de la manière la plus attrayante possible le «produit» que nous représentons sur le «marché» du travail.

Les mots sont parfois cruels. Vendre, nous dit le dictionnaire, consiste à «céder quelque chose à quelqu'un en échange d'une somme d'argent». Dans le cadre d'une recherche d'emploi, «se vendre» prendrait donc tout son sens puisqu'il s'agirait de se céder soi-même en échange d'un salaire? Et «être engagé» correspondrait alors à «être acheté»? Ne poussons pas la logique syntaxique trop loin, au risque de la provocation et de la simplification. Car une conclusion aussi abrupte occulterait totalement la nature réelle du processus en jeu entre un candidat et un recruteur. Obtenir un emploi et le salaire qui en découle est, avant tout, un acte de reconnaissance. L'employeur reconnaît à celui ou celle qu'il engage des compétences spécifiques et la capacité de les mobiliser pour atteindre des objectifs précis. Et il propose une rémunération qui représente la reconnaissance matérielle de ces capacités.

Toutefois, cette double démarche ne peut s'effectuer qu'au terme d'un mécanisme plus intime: la définition de ses propres compétences par le candidat lui-même. Il est donc essentiel de pouvoir analyser son parcours professionnel de manière à identifier ses connaissances techniques. Mais il est tout aussi nécessaire de définir les qualités plus personnelles qui ont pu être mises en œuvre dans telle ou telle circonstance. Des «compétences clés», qui échappent souvent à toute définition quantitative et s'avèrent pourtant indispensables: capacité à gérer des événements imprévus ou des incertitudes dans l'exercice d'une profession, sens de la communication et de la négociation, gestion des conflits, écoute, prise d'initiatives et de décision, etc.

Il est possible qu'apprendre à se vendre ne soit pas totalement inutile. Mais n'oublions pas que «vendre» signifie aussi «trahir» et qu'aujourd'hui, plus que jamais, le monde du travail préfère l'agir au paraître… Apprenons plutôt à se réapproprier son expérience et son parcours personnel pour en découvrir – ou redécouvrir – les richesses. C'est en se connaissant bien que l'on pourra se faire reconnaître mieux.

* Directeur général de l'Office genevois d'orientation et de formation professionnelle,

gregoire.evequoz@etat.ge.ch