Mauvais début d'année pour ce cadre d'une PME de haute technologie: malgré un engagement sans faille pour le succès d'un important projet, il n'est pas augmenté. Pourtant, ses résultats ont été à la hauteur de ses efforts. La question se pose: comment doit-il réagir? Il pourrait chercher à quitter son entreprise, mais ce n'est pas si simple. Car, s'il sait ce qu'il laisse derrière lui, il ne voit pas toujours vers quoi il ira.

En effet, son travail est passionnant, ses projets sont à la pointe de son domaine et les entreprises équivalentes plutôt rares. Et même s'il est souvent intéressant, voire recommandé, de rester constamment ouvert aux opportunités du marché, il est rarement bon de changer d'emploi pour fuir une situation.

Il semble plus judicieux, dans un tel cas, de mener une démarche proactive. Dans cette perspective, notre cadre détient là une excellente occasion de se remettre en question en redéfinissant sa stratégie de carrière et en modifiant peut-être sa manière de communiquer.

En effet, mis à part les rares exceptions où la hiérarchie est de réelle mauvaise foi, la plupart des dirigeants sont ouverts à la discussion. C'est donc à chaque collaborateur d'entamer un dialogue constructif et d'anticiper la situation difficile et délicate de la prochaine négociation. Comment? En redécouvrant l'art du dialogue, en se faisant entendre et en prenant l'habitude de chiffrer ce qu'il apporte à l'entreprise.

De plus, notre cadre peut se renseigner sur les systèmes de rémunération dans les entreprises voisines et les comparer par type de fonctions. Car une personne travaillant dans une autre entreprise parlera plus facilement de son salaire qu'un proche collaborateur. Il existe des enquêtes salariales plus ou moins précises qui permettent également de se positionner.

En outre, le niveau de rémunération d'une entreprise étant directement lié à la marge qu'elle réalise, rien ne sert d'attendre un salaire élevé lorsqu'on travaille dans un domaine ne produisant qu'une faible marge. Dans ce cas, soit on est passionné par son travail, et cela peut justifier de faire quelques concessions salariales, soit on change de secteur d'activité. Ainsi une activité dans la finance est potentiellement plus rémunératrice qu'un poste technique dans l'industrie.

Indépendamment de ces considérations, il reste à prendre l'habitude de montrer spontanément à sa hiérarchie ce qu'on a réussi, par des discussions informelles, mais aussi à travers un rapport formel et quantifié de l'avancement des projets et de leur rendement. Combien de fois entendons-nous des personnes qui attendent de leur chef qu'il remarque de lui-même les progrès accomplis, et qu'il note automatiquement chaque succès obtenu?

Dans la réalité, cela ne peut se passer ainsi, car ce dernier n'a en général ni le temps, ni la sérénité de s'y consacrer. Ainsi, chaque message électronique, chaque rapport montrant de quelle manière un projet converge vers un succès contribue à la valorisation du travail réalisé et représente en même temps une préparation à la prochaine négociation salariale.

Par exemple, il est souvent possible de comparer les gains de temps et de coûts d'un projet à d'anciens projets de même complexité, ce qui permet de démontrer un accroissement de la productivité, de la valeur ajoutée et donc de prouver que l'on contribue de manière directe au profit de l'entreprise. De cette façon, il devient plus facile pour chacune des parties d'argumenter et de négocier le partage d'une marge réelle, ou d'un apport chiffré à l'entreprise. Et là, chacun y gagne.