L'utilisation des techniques thérapeutiques dans les entreprises pose un certain nombre de questions légitimes. Les managers sont-ils tous réellement souffrants? Doivent-ils être déconstruits puis reconstruits pour se sentir moins mal? En particulier, quelles sont les compétences réelles de ces thérapeutes qui veulent agir sur le psychisme des cadres et dont les honoraires sont payés par l'entreprise? Avec, en corollaire, la question du contrôle de leur formation.

La programmation neurolinguistique ou PNL est la méthode thérapeutique de loin la plus répandue. Apparue dans les entreprises dans les années 90, elle trouve son fondement dans le traitement psychiatrique de malades mentaux aux Etats-Unis. Ses fondateurs, Richard Bandler et John Grinder, ont propagé leurs techniques en Occident grâce à des méthodes de diffusion que les gourous en marketing n'auraient jamais risquées. Voici quelques exemples tirés de la page 8 de leur ouvrage Les Secrets de la communication: «Apprendre à éliminer les phobies en moins d'une heure», «Apprendre en quelques séances à enrayer n'importe quelle habitude indésirable: fumer, consommer de l'alcool…» Victimes de leur succès, les remarquables propagateurs de cette technique ont prématurément multiplié les formations et les ont ouvertes au public. Formés à la hâte, loin de tout contrôle académique ou étatique, un grand nombre de thérapeutes se sont pris pour des apprentis sorciers. Avec tous les excès que cela peut produire.

Mais qu'est-ce que la PNL? Cette méthode recouvre un ensemble de techniques de manipulation sophistiquées dont certains aspects sont inoffensifs, tandis que d'autres sont plus discutables, comme l'hypnose, pourtant décriée par Freud. Ainsi, pour les adeptes de cette thérapeutique, le mouvement des yeux est un indicateur de notre comportement… à condition d'être capable de percevoir un mouvement de moins d'une seconde. Il faut donc s'entraîner, mais cela fait partie de la formation. La PNL suppose aussi que l'on peut apparier son comportement, verbal ou non verbal, sur celui de son interlocuteur et ainsi prédire son comportement… et le modifier.

Plus ennuyeux, voici une citation tirée du même ouvrage de Bandler et Grinder, en page 185: «Lorsqu'elle revint nous voir, nous n'avons pas pu résister à la tentation. Nous l'avons menée à un état de transe somnambulique et nous lui avons donné une ancre de perte de la mémoire, de façon à pouvoir effacer ultérieurement tout ce que nous aurions pu faire durant cette séance.» (Sic!) Cette citation, qui n'est pas orpheline dans les ouvrages des auteurs, devrait inciter les directeurs des ressources humaines à être plus attentifs à la sélection des intervenants qui officient dans leurs entreprises.

Car, si certains collaborateurs souffrent, ils doivent être alors pris en charge par des professionnels de la thérapie. D'ailleurs, nos voisins français ont répondu à ces excès de façon critique. Ils ont légalisé la profession en limitant l'appellation thérapeute aux médecins psychiatres FMH et aux détenteurs d'une licence en psychologie. Pour l'immense majorité des managers, à la recherche d'un accompagnement professionnel personnalisé, des techniques non thérapeutiques d'accompagnement sont plus pertinentes, mais ont du mal à percer. Elles restent donc encore à dispenser.