Les analystes sont presque tous d'accord sur l'idée d'une croissance plutôt modérée de notre économie, ce qui est également confirmé par l'observation sur le terrain. Notre sujet ne sera pas d'en expliquer les causes, laissant cela aux spécialistes, mais de noter que cette croissance modérée suscite, dans les entreprises, une pression toujours plus forte qui s'exerce sur les collaborateurs. Par conséquent, elle amène la nécessité pour l'entreprise d'adopter un style de management qui lui permette de continuer d'exister. La solution la plus réactive consiste à faire preuve d'autorité et à exiger des résultats, en partant d'un a priori: les collaborateurs n'auraient pas encore donné le meilleur d'eux-mêmes.

Mettant en avant l'obligation de résultats, le système consiste à moduler la pression en fonction de cette priorité. On est dans une logique de management autoritaire, avec parfois des résultats à court terme, mais s'accompagnant d'un important cortège d'effets négatifs, tant sur les résultats à long terme, que sur le bien-être des collaborateurs et donc sur les potentialités de l'entreprise. Ce type de management est bien souvent le produit de peurs qui, en se propageant, diffusent dans l'entreprise une force paralysante, inhibant toute tentative d'intelligence créative.

Une autre approche consisterait, pour les dirigeants, à mieux comprendre les mécanismes de leurs propres peurs, à observer comment elles se manifestent dans les situations à risque et quand le changement s'accélère. Il deviendra évident pour eux qu'elles n'apportent pas de réelles solutions, mais seulement des réactions. Un processus conduisant vers une meilleure compréhension de son propre fonctionnement peut s'avérer très profitable, de l'avis de ceux qui l'ont expérimenté, car il leur a permis de prendre de la hauteur, de relativiser les situations, d'améliorer leur perception et leur écoute des autres.

Ce choix, consistant à prendre conscience en premier lieu de son propre fonctionnement, est à la base de toute démarche proactive et ouvre l'esprit vers des solutions totalement souples et créatives. Le style de management s'en trouve considérablement modifié, car l'absence de peur favorise les approches intégrant la communication et la créativité. On observe alors que le leadership dans l'entreprise ne reste plus le fait d'un seul acteur, mais qu'il se partage naturellement. Les structures deviennent souples et adaptatives selon les situations du marché. Les responsabilités sont réparties, le leadership se transmet naturellement vers les collaborateurs placés dans la situation la plus favorable pour agir à bon escient à l'instant considéré.

Tout comme chez les musiciens, le thème musical (la mélodie) n'est pas joué en permanence par la même personne, ce qui serait ennuyeux pour le public, de même, une part du pouvoir managérial doit être laissée à ceux qui sont le mieux placés sur le terrain. De ce fait, le client ne serait plus perçu comme une entité anonyme, ne consommant que des produits standardisés et dupliqués en masse. Au contraire, il deviendrait un partenaire en contact avec le collaborateur le plus capable de résoudre le problème posé.

Ainsi, en privilégiant un management fondé sur la créativité et la communication, l'entreprise augmente ses chances de produire de la valeur en harmonie avec son marché, et ses collaborateurs retrouveraient le goût du risque et l'enthousiasme de l'entrepreneur. La question aujourd'hui n'est pas tant de produire en masse, que d'avoir les bons réseaux relationnels et une créativité en phase avec l'évolution de notre monde. Pour y arriver, il va devenir indispensable de manager avec de nouveaux outils, ceux de la communication et de la créativité.