«Cycliques: bonne performance en 2005»

Christian Gattiker, stratégiste actions, Credit Suisse Private Banking

Le marché suisse des actions n'a pas été à la hauteur des rêves des investisseurs. Il a figuré parmi les marchés boursiers les moins performants depuis le début de l'année (+2,14%). Cela s'explique par l'absence ou la rareté des valeurs cycliques dans le SMI, reflétée par la faible pondération des secteurs de l'énergie et des matières premières, et par la sous-pondération structurelle en titres de services publics et de télécoms. En revanche, des secteurs surreprésentés dans le SMI – assurances, alimentation et boissons, pharmas – ont affiché de faibles rendements jusqu'ici.

Nous anticipons une performance mitigée pour le marché suisse en 2005. Compte tenu d'une prime de risque à long terme et d'une normalisation des bénéfices, notre modèle de dividendes actualisés indique une fair value d'environ 6000-6200 pour le SMI. Toutefois, une performance jusqu'à ces niveaux devrait marquer le sommet du cycle du marché et devrait ainsi ouvrir des possibilités de prises de bénéfices à moyen terme.

Au niveau des secteurs, nous conseillons aux investisseurs d'adopter une approche double cet hiver. Nous pensons que les secteurs cycliques tardifs, comme les machines (Rieter, Sulzer) et les chimiques (Clariant, Syngenta), devraient être ajoutés aux portefeuilles au cours des prochains mois. Le momentum haussier dans ces secteurs devrait se prolonger en 2005. Leur composante saisonnière favorisera également une forte performance au 1er semestre. Nous conseillons en outre les secteurs défensifs, mais cette recommandation est difficile à mettre en œuvre en Suisse, étant donné le choix limité de titres liquides dans ce compartiment, et le fait que les titres liquides se traitent déjà à une prime substantielle par rapport au marché. Parmi les défensives, nous maintenons notre surpondération sélective du secteur de la santé. Les poids lourds Novartis et Roche sont nos favoris dans le secteur de la santé européen. Parmi les valeurs financières, nous gardons une exposition neutre au secteur et préférons UBS comme valeur défensive et Swiss Life pour jouer le redressement.

«Eviter les exportateurs au vu de la force du franc»

Kevin Lyne-Smith, chef de la recherche actions, Julius Bär

Le défi des douze prochains mois sera d'évaluer l'impact d'un certain nombre de facteurs macroéconomiques, en particulier le renforcement récent du franc suisse face au dollar et à l'euro, le ralentissement de l'économie européenne, en particulier en Allemagne et en France, et la hausse prévue des taux d'intérêt. Les investisseurs devraient donc se positionner dans des secteurs ou titres qui bénéficient de ces tendances ou en neutralisent les effets.

Le risque de change, tout d'abord, peut être atténué chez les entreprises qui ont une politique de couverture du risque devises. Les investisseurs peuvent aussi choisir des secteurs axés sur les marchés domestiques tels que le commerce de détail ou la construction. Toutefois, ces secteurs n'afficheront de bons résultats que si la confiance du consommateur suisse est positive, ce qui est peu probable dans un contexte de hausse des taux d'intérêt et de faible marché de l'emploi.

Alternativement, nous recommandons de grandes sociétés diversifiées à l'échelle globale comme Roche, Novartis, UBS ou Credit Suisse, pour lesquelles l'économie suisse ne contribue que faiblement aux résultats.

Les exportateurs moyens avec une forte exposition de leur chiffre d'affaires au dollar devraient être évités, notamment dans les secteurs des machines, de la chimie et de l'alimentaire. Ces entreprises auront du mal à rester compétitives si le franc suisse reste fort, ce qui affectera leurs résultats financiers. L'outsourcing offre un moyen de compenser les pertes de changes grâce à de substantielles économies de coûts, surtout dans le secteur technologique, où Logitech se distingue comme particulièrement bien positionnée pour profiter de cet impact.

Avec la faible croissance attendue en Europe en 2005, le secteur de la santé devrait rester défensif. Le secteur des technologies médicales garde un potentiel d'amélioration des marges, surtout aux Etats-Unis, où la demande continuera à progresser grâce à une démographie et à une dynamique de marché favorables. Synthes-Stratec est bien positionnée pour tirer profit de ces facteurs, ainsi que, dans une moindre mesure, Straumann et Nobel Biocare.

«2005: performance à un chiffre»

Michel Auch, analyste, Ferrier Lullin

La hausse du marché suisse des actions en 2005 devrait s'avérer modeste. En effet, contenue par le ralentissement anticipé de la croissance des bénéfices d'entreprises et la visibilité réduite de l'évolution conjoncturelle globale, nous ne prévoyons guère qu'une progression à un chiffre des indices de référence que sont le SPI et le SMI. La faible marge de progression envisagée sur les principales composantes des indices susmentionnés résume à elle seule les perspectives limitées que nous entrevoyons sur ce marché.

Afin de générer de la performance, l'investisseur pourra néanmoins s'intéresser à des valeurs de renom dont les fondamentaux nous semblent propices à une poursuite de leur progression déjà constatée en 2004.

SGS est actif dans les services d'inspection, de contrôle et de certification de produits très variés. Un peu moins de la moitié de ses revenus est liée au pétrole, aux métaux ainsi qu'aux produits agricoles, pour lesquels la demande devrait rester à des niveaux soutenus. Nos estimations tablent sur une augmentation des bénéfices de 31,4% en 2005. La différence d'évaluation entre SGS et son concurrent Intertek parle également en faveur de l'entreprise suisse.

Schindler (bon de participation) réalise l'essentiel de son chiffre d'affaires (80%) dans les ascenseurs et les escalators. La répartition de cette division se partage à parts égales entre la vente (50%) et la maintenance du parc existant. Ces métiers résistent particulièrement bien dans la phase actuelle du cycle économique. Cette constatation devrait permettre à Schindler d'afficher une croissance de ses bénéfices supérieure à l'indice, pour une évaluation plus avantageuse.

Le producteur de ciment Holcim est toujours plus actif dans les régions du monde à forte croissance. A l'instar de Schindler, son activité se comporte pour le mieux dans la phase conjoncturelle actuelle. L'entreprise devrait également dégager des bénéfices supérieurs au marché suisse pour une évaluation plus attrayante.