Le Temps: Quelle est l'attitude à avoir après la chute des marchés émergents?

Mark Mobius: N'attendez pas! Des marchés comme la Chine, la Russie ou même la Pologne ont chuté de 60%. De telles baisses constituent des opportunités d'investissement. De nombreuses actions d'excellentes compagnies, saines et en croissance, sont bon marché. Elles se traitent à un multiple sur leur bénéfice bas et offrent un rendement du dividende élevé. Même si les pays industrialisés ralentissent, les marchés émergents afficheront une croissance d'environ 6% cette année.

- Qu'en sera-t-il l'an prochain?

- Cela dépendra des progrès dans le nettoyage des bilans bancaires. Je suis prudemment optimiste: je ne crois pas à un scénario apocalyptique et je ne pense pas que l'économie mondiale s'enfoncera dans une longue crise et une dépression.

- Les économies américaine et japonaise sont pourtant au bord de la récession...

- Le Japon est dans une meilleure forme que beaucoup d'autres. Le taux d'épargne est élevé et l'inflation permet de sortir du cycle déflationniste. Nous ne sommes pas dans un monde unipolaire où tout dépend des Etats-Unis.

Les pays émergents disposent d'énormes réserves de changes qu'ils peuvent utiliser pour stimuler leur économie. Ils ont en outre tiré les leçons de la crise asiatique, notamment en matière de politique fiscale.

Il y aura encore des nouvelles très négatives à court terme. Mais les investisseurs réaliseront que la réalité est différente. Vous savez, de plus en plus de travailleurs émigrés polonais au Royaume-Uni rentrent chez eux car les perspectives y sont meilleures. La croissance pourrait dépasser les 5% l'an prochain.

- Qu'achetez-vous en ce moment?

- La Chine: elle restera l'économie affichant la croissance la plus rapide. L'Inde est en croissance d'environ 6%. A la suite de sa baisse, nous voyons maintenant des opportunités. La croissance brésilienne s'accélère tandis que la Russie dispose des réserves nécessaires pour stimuler son économie. Nous apprécions aussi la Turquie, où l'inflation se détend, l'Afrique du Sud, où le nouveau gouvernement pourrait être moins populiste et plus à même de mobiliser les forces du pays pour stimuler l'économie, ou la Pologne.

- Quels secteurs favorisez-vous?

- Nous nous intéressons aux compagnies profitant de la croissance domestique: télécommunications, industrie alimentaire, par exemple. Cela inclut aussi les banques émergentes, dont la plupart ne sont pas affectées par la crise des «subprime». Nous regardons aussi le secteur des matières premières. Celles-ci ont fortement corrigé, mais nous pensons que les prix des matières premières s'inscrivent à long terme dans une tendance haussière. Enfin, nous suivons les compagnies pétrolières intégrées en raison de leur profil de croissance.