Alexander Fitzalan Howard, gérant actions de JP Morgan Fleming: «Les groupes qui se réorganisent ne sont pas tous attractifs»

Quelque chose se passe en Allemagne, c'est vrai. Mais, si le pays se réforme, il le doit d'abord aux entreprises. Car ce qu'entreprend le gouvernement a pour le moment un effet limité sur l'économie. Berlin s'attelle à des dossiers très lourds, comme le vieillissement de la population, la réunification, ou encore la réforme du marché du travail, dont on ne peut attendre un changement rapide.

En revanche, des groupes comme Siemens, déjà en juin dernier, ou Volkswagen (VW) cette semaine, ont montré qu'ils peuvent se réformer. Cela s'explique par une inversion du rapport de force entre syndicats et employeurs, en faveur de ces derniers. IG Metall, en particulier, a fait évoluer ses revendications, en demandant plutôt davantage de sécurité pour l'emploi que des hausses de salaires.

Sur le plan des investissements, nous n'avons pas une approche sectorielle. Nous regardons chaque titre et décidons d'investir en fonction de sa valorisation et des révisions potentielles à la hausse du chiffre d'affaires que l'entreprise pourrait annoncer. De ce point de vue, les grands groupes qui viennent de commencer leur restructuration ne sont pas forcément encore attractifs.

VW constitue néanmoins un cas intéressant. Si la direction a régulièrement revu à la baisse ses prévisions de revenus ces derniers temps, j'ai le sentiment que le groupe pourrait avoir touché son plus bas niveau. Reste à voir comment il parviendra effectivement à réduire les coûts grâce à l'accord qui vient d'être signé.

DIS (Deutscher Industrie Service) a nos faveurs. Spécialisée dans les ressources humaines, elle devrait bénéficier de la réforme du marché du travail. ElringKlinger, qui produit et distribue des équipements pour l'automobile, profite, elle, de la mondialisation, et appartient à cette partie dynamique de l'économie allemande que tirent les exportations. La valorisation de Deutsche Postbank, qui vient d'être introduite en Bourse, nous paraît aussi attractive. J'essaie enfin d'éviter les sociétés actives dans les semi-conducteurs ou celles du secteur de la consommation.

Alexandra Hartmann, gérante fonds Fidelity Germany: «Je reste modérément optimiste»

En se basant sur l'expérience passée, il semble probable que les réformes économiques et celles touchant au marché du travail vont être longues à mettre en œuvre. Trop longues en fait pour qu'elles puissent profiter aux entreprises rapidement. Par conséquent, j'investis dans les sociétés qui doivent être de la qualité la plus élevée possible et qui peuvent bien se porter quel que soit l'environnement économique. Si cet environnement s'améliore, alors elles devraient encore plus en profiter.

Parmi ces sociétés on peut inclure les distributeurs qui proposent des produits bon marché, mais séduisants, et qui profitent de coûts inférieurs à ceux de leurs concurrents et qui gagnent des parts de marché. Autre exemple, les entreprises qui permettent aux PME de réduire leurs coûts en leur louant certains équipements. Ou encore les sociétés qui diminuent leurs coûts en restructurant, ou qui parviennent à relever le prix de leurs produits grâce à un nouvel équilibre entre l'offre et la demande. C'est notamment le cas pour les producteurs de ciment qui bénéficient de la demande des pays d'Europe centrale et orientale.

Pour ce qui est du marché des actions en général, je reste modérément optimiste. Car le prix des actions ne me semble pas trop cher, même s'il n'est pas non plus particulièrement bon marché. Le principe premier de ma politique d'investissement consiste à choisir les titres individuellement et non à faire des paris sur des secteurs, notamment pour essayer de battre l'indice de référence. Toute position sectorielle est finalement un produit joint, issu du processus de «stock picking».

Pour vous donner une idée des performances allemande depuis le début de l'année, je vous rappelle que (en date de jeudi dernier), l'indice MSCI Germany s'inscrivait en hausse de 1% alors que le secteur des biens de consommation et de l'habillement gagnait 32%. Les services publics progressaient de 29% et les équipements et les services de santé de 21%.

Dr. Jens Ehrhardt, gérant fonds UBAM German Equity: «Favoriser les titres défensifs comme ceux de la chimie»

Dans le contexte actuel de taux bas, les actions, en tant que classe d'actifs, présentent un ratio rendement/risque plus intéressant que les obligations. Globalement, on observe une amélioration du bilan des sociétés allemandes et une baisse de leur niveau de dettes. De plus, historiquement, on constate que les mois de novembre, décembre et janvier sont plutôt positifs pour les actions. Néanmoins, nous recommanderions aux investisseurs d'être sélectifs dans le choix des titres et de favoriser davantage les valeurs défensives qui versent un dividende élevé (utilities, chimiques). On peut également découvrir de très belles opportunités dans le segment des petites et moyennes capitalisations, moins bien couvert par les analystes.

Par ailleurs, on sait que le consommateur allemand est déprimé. Son taux d'épargne atteint 11% et la consommation ne représente que 50% de l'économie, contre 70% aux Etats-Unis. Les sociétés réalisant leurs ventes à l'exportation méritent donc d'être favorisées, mais évidemment en prenant en considération la faiblesse du dollar. Il faudra donc privilégier les sociétés qui exportent vers la zone euro. Porsche, qui réalise une partie significative de ses ventes aux Etats-Unis, devrait en souffrir. VW, elle, semble bon marché, mais son bilan est plombé par le niveau de dettes et les accords intervenus récemment avec les syndicats pourraient affecter sa compétitivité.

Dans le secteur des financières, il faudra tenir compte de l'impact des nouvelles normes comptables (IFRS). Sous cet angle, une société comme Allianz, par exemple, est difficile à analyser. On lui préférera Deutsche Postbank, qui affiche un rendement du dividende de 4,2%, un ratio cours/bénéfice à peine supérieur à 10, une bonne croissance et pas de créances douteuses. Mentionnons encore que des fusions ne sont pas à exclure dans ce secteur.

Il existe également des niches où les entreprises bénéficient de «pricing power». Rhoen Klinikum par exemple rachète des hôpitaux à l'Etat qui a besoin de liquidités, les restructure et augmente leur rentabilité avant de les revendre. Ou encore Linde, actif dans les équipements de réfrigération, qui conserve toujours un beau potentiel.