Le Temps: Les marchés sont-ils dans la phase de capitulation?

Patrice Gautry: Oui. Il y a clairement une capitulation et une liquidation sur les marchés actions. Il y a encore quelques semaines, ceux-ci étaient préservés, alors que les tensions étaient extrêmes sur le marché du crédit et le marché monétaire. Maintenant, les tensions et les baisses sont parallèles sur l'ensemble des actifs risqués.

Les ventes de ces derniers jours s'apparentent à des opérations de ventes forcées, afin d'ajuster le niveau de risque des portefeuilles à ce que les intervenants veulent afficher à la fin de l'année. L'accélération des baisses s'est faite sur des volumes relativement peu importants. Le marché manque d'acheteurs face à un courant vendeur.

- Combien de temps le mouvement peut-il encore durer, et jusqu'où?

- Pour l'estimer, il faudrait disposer d'un certain nombre d'éléments objectifs. D'abord, il faut déterminer le niveau de risque que les investisseurs veulent avoir en portefeuille et le volume des ventes restant à réaliser à court terme. La question est aussi de savoir ce qui permettrait d'attirer à nouveau les acheteurs. Une stabilisation de l'activité économique des pays industrialisés y participerait. Mais, pour l'instant, il n'y a pas de visibilité sur les conséquences des mécanismes et des sauvetages qui ont été mis en place.

On observe cependant une accélération des réactions des gouvernements et des banques centrales. Ceux-ci achètent maintenant des titres «toxiques», à l'image du plan Paulson. En acceptant les papiers commerciaux, la Fed aide les entreprises face à leurs besoins de liquidités. Il y a aussi eu les baisses des taux coordonnées de la semaine dernière et les injections de liquidités. Les autorités ont pris des mesures exceptionnelles, qui seront en place tant que ce sera nécessaire.

Il y a encore l'inconnue des bénéfices. La prévision de hausse de 15% à 20% ces douze prochains mois aux Etats-Unis n'est pas réaliste, et pourrait être ramenée à environ 3% à 5% au mieux. Avec cette liquidation et des hypothèses conservatrices sur les bénéfices, les primes de risque et les valorisations des actions semblent attrayantes. Avec un bémol: une volatilité qui pourrait rester élevée et être incompatible avec le profil de risque que les investisseurs veulent avoir en portefeuille.

- Les marchés émergents ont-ils été survendus?

- Le traitement subi par certains marchés comme la Chine et la Russie n'est pas en ligne avec les fondamentaux économiques. Il s'explique par la perte de confiance et l'ajustement des niveaux de risque des portefeuilles. Il y a eu des ventes forcées et des rapatriements de fonds. Des devises en ont profité, comme le dollar et le yen.

Il y a certes des risques, de nature géopolitique ou politique sur la Russie. La Chine donne une autre image. Le ralentissement des exportations est en partie compensé par une forte croissance de la consommation et un marché de l'emploi favorable. L'inflation est en baisse et la banque centrale a rendu sa politique plus favorable au crédit et à l'investissement. Certains pays émergents disposent en outre d'importantes réserves financières.

- Qu'en est-il des matières premières?

- La dynamique est similaire. Il y a aussi des ventes de positions motivées par des réductions de levier. L'augmentation du risque de récession dans les pays du G7 fait craindre un repli de la demande. Le pétrole pourrait se stabiliser dans une fourchette de 85 à 100 dollars le baril. In fine, si le système financier international se remet, si la demande des pays émergents reste vigoureuse, par exemple si la Chine parvient à maintenir l'an prochain une croissance de 8 à 9%, et si la perspective de voir la demande américaine se redresser à l'horizon 2009-2010 se concrétise, les cours pourraient rapidement retrouver des niveaux plus élevés.