Le Temps: Avez-vous révisé vos prévisions bénéficiaires à la hausse à la suite de la publication des résultats de Novartis et de SGS?

Patrick Uelfeti: Non, pas particulièrement. Les sociétés qui vont publier prochainement leurs chiffres affichent des visages très contrastés. D'une part, nous avons des Nestlé ou des Roche qui sont actives dans des secteurs défensifs, desquelles on peut attendre des performances en hausse, mais dans le cadre des attentes. D'autre part, nous avons les banques, pour lesquelles les prévisions bénéficiaires sont encore trop élevées mais dont les cours boursiers reflètent déjà la baisse des attentes réelles des investisseurs.

- Pourquoi les analyses ne sont-elles pas adaptées plus tôt?

- Comparée au secteur bancaire américain, l'Europe est plus lente à adapter ses prévisions. Les analystes attendent la publication des résultats pour réviser leurs fourchettes de cours. C'est la même chose pour les assurances: les attentes des analystes seront probablement révisées vers le bas après la publication des chiffres.

- Les sociétés suisses sont-elles donc surévaluées dans leur ensemble?

- La valorisation des sociétés ne pose pas de problème. Au contraire, les actions sont même plutôt bon marché. Cela ne signifie pas qu'il est déjà temps d'acheter: on n'a pas encore vu le point le plus bas de la crise. Le signe d'une reprise sera donné dès que l'on aura le sentiment que le pire est passé. Certes, cette appréciation fait l'objet d'une discussion. Le président de la Deutsche Bank, Josef Ackermann, pense que le pire est derrière. Il est cependant contredit pas les résultats de Merrill Lynch, qui ont été nettement plus mauvais que prévu.

- L'écart entre les sociétés non financières, qui vont bien, et les banques, qui continuent de plonger, va-t-il se prolonger?

- Les indicateurs restent positifs pour les sociétés industrielles, notamment dans les secteurs de l'énergie, de l'alimentaire et de l'électricité, malgré la baisse du dollar qui les pénalise. En revanche, les équipementiers automobiles et les groupes de construction commencent à ressentir eux aussi les effets du ralentissement de l'économie, comme Rieter et Georg Fischer.

- Quels secteurs privilégiez-vous?

- Je reste positif sur les titres des sociétés actives dans l'énergie et l'électricité. ABB et Sulzer notamment. La pharma occupe aussi un créneau intéressant, du fait de son caractère défensif, mais aussi grâce au fait que les sociétés de ce secteur redeviennent intéressantes malgré leur bas prix.

* Responsable de la recherche sur les actions, Clariden Leu.