Le Temps: Après la décision de la Réserve fédérale américaine (Fed) de marquer une pause dans sa politique d'assouplissement monétaire, va-t-on assister à un rebond du dollar?

Jean-Christophe Gérard: Le dollar recule sans interruption depuis 2002 pour plusieurs raisons, parmi lesquels le déficit de la balance commerciale américaine et la perte de statut d'unique monnaie de référence jouent un rôle central. Mais ces derniers mois, le mouvement de baisse s'est accéléré à la suite de la crise des «subprime» et en raison du différentiel de taux entre l'Europe et les Etats-Unis.

Cette spirale récente est particulièrement dangereuse dans la mesure où le pétrole et les autres matières premières, dont les cours montent dans toutes les devises, étaient encore plus chers en dollars. Or un pétrole et des matières premières chers affaiblissent encore la balance commerciale américaine et pèsent donc encore plus sur le billet vert.

- Selon vous, la Fed et la Banque centrale européenne (BCE) doivent-elles agir pour inverser la tendance?

- Jusqu'à présent, la Fed a choisi de privilégier la croissance économique et la lutte contre le chômage, alors que la BCE est restée fidèle à sa mission unique de lutte contre l'inflation. Mais aujourd'hui, les risques se sont inversés: l'institut d'émission américain se montre davantage préoccupé par les poussées inflationnistes, alors que les responsables de la BCE évoquent plus régulièrement les problèmes de croissance.

Les officiels des deux banques centrales ont donc pris conscience des dangers d'une devise américaine trop faible. Alors qu'au début de l'année, les responsables des politiques monétaires ne semblaient guère affectés par la faiblesse du billet vert, le discours a beaucoup changé: Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, juge maintenant «préoccupante» la force du dollar et son homologue américain, Ben Bernanke se dit inquiet du risque inflationniste induit par la faiblesse du billet vert. La prochaine intervention de la Fed pourrait donc être une hausse des taux. Inversement, face aux difficultés des entreprises européennes, accentuées par l'inflation et les revendications salariales, la BCE pourrait être amenée à abandonner son intransigeance.

De plus, la Fed a tout intérêt à ce que les cours du pétrole et des autres matières premières baissent pour ne pas affaiblir davantage la balance commerciale. A court terme, le marché reste très nerveux et risque d'enregistrer des fluctuations importantes. Mais, selon nous, il est temps d'accumuler des dollars en achetant sur faiblesse dans une perspective à six mois.