Les services industriels corrigent aussi violemment en bourse que le reste du marché. «Nous sommes surpris par l'ampleur de la baisse», observe Andreas Schneller, cogérant du fonds EIC Energy Utility Fund, de la maison zurichoise spécialisée EIC Partners. Le secteur suit la baisse du pétrole, alors qu'il devrait plutôt suivre le prix du courant électrique, qui n'a que très peu baissé. Andreas Schneller explique pourquoi.

Le Temps: Quelles sont les perspectives pour le prix de l'électricité?

Andreas Schneller: Il faut faire la différence entre le court et le long terme. Le prix a augmenté de 25% depuis le début de l'année en Europe, à environ 76 euros le megawattheure. Il pourrait reculer un peu dans les trois à six prochains mois, à cause du repli de la croissance et de liquidations de positions provoquées par la situation tendue sur les marchés financiers. Ensuite, la tendance à la hausse devrait reprendre. Le courant au comptant est plus cher que sur le marché à terme,

ce qui indique une pénurie.

La Suisse est devenue un importateur net de courant pour la première fois en 2007. La consommation augmente, mais elle ne construit pratiquement aucune nouvelle capacité de production. Si une entreprise doit participer à un projet étranger, comme Romande Energie en Allemagne, les coûts de transport s'ajoutent au prix du courant.

- Quelles sont les conséquences pour les services industriels?

- Pour l'instant, nous adaptons nos décisions d'investissement au tassement des prix à terme. Pour les géants comme E.ON et RWE, en Allemagne, ou EDF et Suez, en France, celui-ci n'a que peu d'effet: ils ont déjà vendu environ 80% du courant qu'ils produiront en 2009. Par contre, l'effet sera plus visible dans les comptes de producteurs plus petits, comme Verbund en Autriche, le finlandais Fortum ou CEZ en République tchèque, qui n'ont vendu que la moitié de leur courant pour l'an prochain. A court terme, cela pèsera sur les cours de ces sociétés, même si la tendance à la hausse du prix du courant reste valable à long terme en raison de la pénurie.

Nous avons réduit le poids de ce type de sociétés et augmenté celui d'entreprises plus défensives, comme des exploitants de réseau opérant dans un marché régulé, ce qui garantit les revenus. Il y a par exemple le britannique National Grid, l'italien Snam Rete Gas ou l'espagnol Red Electrica, qui offrent en moyenne un rendement du dividende de 5% et ne sont pas affectés par une baisse des prix.

- Qu'avez-vous dans le portefeuille?

- Pour l'Europe, nous avons les grandes intégrées et les opérateurs de réseau réglementés. Aux Etats-Unis, nous investissons dans les grands exploitants de centrales nucléaires, comme Exelon ou Entergy, ainsi que des exploitants d'infrastructure réglementés, comme Wisconsin et Southern Energy, ainsi que Integrys. Au Japon, nous avons des sociétés comme Tokyo Gas, Kansai Electric ou Tokyo Electric Power. Les marges des exploitants de centrales thermiques s'améliorent grâce à la baisse des prix des énergies fossiles.

Notre processus d'investissement débute avec une analyse fondamentale du secteur et de son environnement, révisée chaque trimestre. En fonction de nos prévisions de prix des matières premières, pétrole, charbon, gaz ou uranium, et des facteurs régionaux, comme la réglementation ou l'infrastructure de transport, nous établissons une grille d'allocation.

Ensuite, nous choisissons les sociétés en fonction de leurs caractéristiques financières et de leur valorisation. Nous regardons aussi la différence entre les ventes et la production propre. Selon qu'une société doive acheter ou vendre de l'énergie pour équilibrer ce bilan, elle bénéficiera des périodes de baisse ou de hausse du prix.

- Y a-t-il aussi des sociétés suisses?

- Seulement les FMB, une entreprise stable et bien positionnée. Son titre est le seul du secteur en Suisse à être suffisamment liquide pour un fonds de placement. Les autres, comme CKW, EGL, Atel ou Romande Energie, sont solides mais n'ont pas aujourd'hui un flottant suffisant en bourse.

- Investissez-vous dans les énergies renouvelables?

- Nous disposons d'un autre fonds pour cela, car le profil de risque est totalement différent. Les services industriels sont un secteur à volatilité réduite, tandis que les énergies renouvelables imposent de supporter des variations de cours importantes. Dans ce domaine, nous pensons que les mieux positionnés sont les fabricants de lignes de production de cellules solaires et les constructeurs d'éoliennes.

- Et comment évoluera le secteur en cas de récession généralisée?

- Grâce à des bilans très stables, les services industriels parviennent encore à lever des fonds en émettant des obligations. Il s'agirait en outre d'un des secteurs les plus défensifs dans un tel environnement, car la demande d'électricité ne baisse que dans des conditions économiques extrêmes. Par exemple: depuis la Deuxième Guerre mondiale, la consommation aux Etats-Unis n'a baissé que durant la crise de 1973 et 1974.

- Qu'ont fait vos investisseurs?

- Nous avons eu des retraits de la part d'un important fonds de fonds en matières premières. Sinon, pratiquement rien: nous disposons d'une base d'investisseurs fidèles. Nous assurons nous-même la distribution. En outre, nous sommes un gestionnaire de placements collectifs autorisé par la Commission fédérale des banques, ce qui contribue à la confiance à notre égard, notamment de la part des caisses de pension.

Nous avons augmenté les liquidités dans notre portefeuille. Il ne s'agit pas d'une mesure préventive en anticipation d'une possible situation de rachat, mais plutôt pour acheter des titres à des cours bradés.