Il y a un peu plus de six ans, Arthur Hoffmann se tournait vers l'investissement en titres du développement durable. Bien lui en a pris, il a surperformé de 34% l'indice mondial des actions. Il est aujourd'hui responsable de 800 millions de francs et gère notamment le Sarasin OekoSar Equity.

Le Temps: Solarworld, la seconde position de votre fonds, se paie 32 fois les bénéfices de l'année en cours. Les titres écologiques sont-ils forcément chers?

Arthur Hoffmann:Le secteur des capteurs solaires est le segment le plus cher du portefeuille. Calculé sur la base des résultats nets de 2008, le rapport cours-bénéfice (P/E) pour Solarworld n'est plus que de 17,5 fois, un chiffre nettement plus raisonnable; ce sont des chiffres comparables à ceux de l'ensemble du secteur. Ils ne sont pas excessifs, compte tenu de la très forte croissance qui caractérise ces titres, on ne trouve pas tellement de sociétés avec des progressions de bénéfices annuels de 43%.

Tant Solarworld que Q-Cells, une autre société du secteur présente dans le fonds, ont toujours atteint les buts qu'elles s'étaient fixés en matière de chiffre d'affaires; cela offre un plus grand soutien à des multiples élevés. Les deux sociétés contrôlent leur approvisionnement en silicium, la matière première vitale pour leur production. C'est un atout, d'autres concurrents doivent s'approvisionner sur le marché, à des prix très élevés.

La moitié du portefeuille est composée de petites et moyennes capitalisations, nous les surpondérons, ce qui induit un multiple plus élevé. Ces sociétés ont l'avantage d'être plus pures en termes de respect des normes du développement durable; lorsque vous achetez de grandes capitalisations, il y a toujours un élément qui vous déplaît.

Une partie de notre portefeuille est composée de titres plus défensifs et nettement moins chers, comme les entreprises actives dans le domaine de l'eau. En moyenne, les titres du développement durable ne sont pas plus chers que les autres.

En principe, je n'achète que des sociétés qui gagnent de l'argent et qui ont un cash-flow positif. Cela permet de limiter la volatilité des titres.

- Vous trouvez de nombreux titres intéressants en Allemagne et aux Etats-Unis, pourquoi?

- Il y a beaucoup de sociétés actives dans le développement durable en Europe du Nord, en Allemagne, mais aussi en Suisse, en Norvège et en Finlande. Il y en a peu en Italie, en France ou en Grèce; c'est simplement un reflet des préoccupations de la société en général. En ce qui concerne les Etats-Unis, la sensibilité aux thèmes écologiques n'est pas très vive. Même avec 20% du portefeuille dans ce pays, nous sommes très largement en dessous de sa pondération dans l'indice mondial des actions classiques.

- Votre fonds a une série de facteurs d'exclusion; quels sont-ils?

- Je pense que notre fonds a en la matière les règles les plus stricts du marché. Nous n'achetons pas de titres de l'armement. Leurs produits détruisent aussi l'environnement. Nous refusons les sociétés actives dans l'énergie nucléaire et celles qui se sont lancées dans la pornographie, un domaine qui a des conséquences sociales négatives. Nous n'avons pas de compagnies aériennes, de producteurs d'automobiles et de tabac. Les entreprises chimiques fabriquant des produits pour l'agriculture ou à base de chlore n'apparaissent pas dans le portefeuille.

- Vous n'achetez pas de titres automobiles, pourtant, Toyota est dans le portefeuille?

- C'est une exception, la seule du fonds. La société préfigure l'automobile du futur, ses moteurs hybrides sont très efficaces.

- Comment pondérez-vous les différents secteurs du fonds?

- Nous recherchons les plus fortes croissances, mais aussi des domaines où les titres sont assez nombreux. Ainsi le domaine de l'eau ne compte que pour 13% dans le portefeuille, il y a trop peu de titres à acheter dans ce secteur. L'énergie propre est notre pari le plus fort, 28% du fonds lui revient, alors que notre indice interne lui donne un poids de 20%.