Caspar Benz gère, pour Swiss Re, des portefeuilles depuis plus de 25 ans. Au début de 2003, il reprenait la gestion d'un fonds d'allocation d'actifs du réassureur, le Swiss Re Global Fund. Ce portefeuille mondial avait été lancé cinq mois après le krach de 1987, à une période où les actions n'avaient pas la cote. Sous le mandat de Caspar Benz, le fonds a réalisé une performance cumulée de plus de 30%.

Le Temps: Votre fonds contient 39% d'actions alors que votre indice de référence n'en compte que 25%, pourquoi une telle surpondération?

Caspar Benz: Les actions sont, relativement aux obligations, aujourd'hui plus attrayantes. Les obligations à échéances longues sont fortement surévaluées. Compte tenu de l'inflation, les rendements de ces dernières sont très faibles. Mais cet attrait relatif des actions ne doit pas nous faire oublier qu'elles sont devenues, en moyenne, chères. Nous sommes prudents. Les liquidités s'élèvent à 7% du portefeuille, à cela s'ajoutent les placements en obligations courtes. La part qui leur revient en dollars s'élève à 17% du portefeuille. Elle n'a qu'une duration moyenne de 2,8 ans, ce qui rapproche ce segment des placements sur les marchés monétaires. En tenant compte de ces deux catégories, le fonds est investi à hauteur de 24% dans des actifs à court terme.

– Comment le portefeuille est-il réparti géographiquement?

– Du côté des actions, je préfère les sociétés européennes, c'est là que l'on peut encore trouver des titre value (de substance). Aux Etats-Unis, les évaluations sont beaucoup plus élevées, de même que dans la plupart des pays d'Asie, où les marchés ont tendance à suivre ce qui se passe à Wall Street. En raison de la difficulté à trouver actuellement des titres individuels sous-évalués dans ces deux régions, j'y achète volontiers des fonds indiciels cotés (Exchange Traded Fund, ETF). Du côté des obligations, presque tout est en euros, en dollars et en francs. Je n'ai pas de yens, car les rendements de 0,5%, ne le justifient pas. Comme nos investisseurs réfléchissent en francs, notre monnaie a un poids particulier. Après la couverture du risque de change, elle représente un tiers du portefeuille. Cela se justifie aussi par la relative sous-évaluation du franc. Le dollar sera pénalisé par l'important endettement des ménages et le déficit de la balance courante. En ce qui concerne l'euro, le fait que le Pacte de stabilité ne soit plus pris au sérieux est un handicap.

– Dans la part en actions, quels segments surpondérez-vous?

– Les pétrolières ont une bonne place. A 11 fois les bénéfices de l'année, elles sont encore prudemment évaluées, même si l'on tient compte d'un éventuel recul du prix de l'or noir. Leurs marges de raffinage sont confortables.

– Quels sont les deux principaux critères de sélection d'une action?

– Nous nous percevons comme des investisseurs de long terme, avec un horizon d'investissement de trois à cinq ans. L'accent est mis sur le rendement absolu, j'achète des titres qui maintiendront des dividendes élevés dans la durée. Des titres comme Shell ou ENI, les deux premières positions en actions du portefeuille, offrent des rendements confortables. L'aéroport de Vienne (Flughafen Wien), un autre titre important, paye 4%. La part en actions du fonds perçoit plus de 3% par an sous cette forme. Un dividende régulier offre un filet de sécurité lors des reculs des marchés, ces titres sont aussi des alternatives aux obligations qui rapportent si peu. La solidité du bilan d'une société est un autre atout que je recherche. J'apprécie celles qui ont un faible endettement. Elles ont une liberté supplémentaire, qui leur est très utile quand la situation des marchés boursiers se détériore. Elles peuvent aussi procéder à des acquisitions, sans s'endetter de façon excessive. Le choix des titres n'est influencé que subsidiairement par notre indice de référence. Nous cherchons à diversifier le risque, c'est pourquoi nous sommes présents dans un grand nombre de secteurs. Cela peut pénaliser la performance du fonds, mais cela lui assure une plus grande stabilité et renforce son caractère conservateur.