Economie

Questions à Eric Bendahan. «J'achète des titres européens actifs dans les énergies renouvelables»

Questions à Eric Bendahan, gérant à Londres de l'Oyster European Opportunities

Mardi passé, la fortune du fonds d'Eric Bendahan franchissait la barre des 2 milliards d'euros. Un chiffre très confortable pour ce gérant de 30 ans, qui avait déjà pris la coresponsabilité de portefeuilles d'actions, il y a sept ans déjà. A la fin de l'année passée, Eric Bendahan reprenait les rênes du fonds en actions européennes de la banque Syz, l'Oyster European Opportunities. Il démarre ses nouvelles activités en trombe: cette année, son fonds surperforme l'indice de 6,6%.

Le Temps: Au moment du changement de gérant, quelle proportion du portefeuille avez-vous vendue?

Eric Bendahan:De l'ordre de la moitié. Le portefeuille était très concentré sur quelques pays, la France, l'Allemagne et la Suisse. J'ai souhaité acheter des actions d'Europe du Sud, de Grande-Bretagne et de Scandinavie. Ce n'est pas dans le but de coller aux indices, mais parce que l'on trouve de bons titres dans ces pays. J'ai renforcé les titres de croissance.

- Combien de temps a pris la restructuration et combien a-t-elle coûté aux détenteurs de parts?

- La réorganisation a pris environ 2 mois et demi. Pendant toute cette période, le fonds a surperformé l'indice. Les titres vendus étaient assez liquides, ils ont pu l'être, chacun, en une séance.

- Pourquoi avoir renforcé les titres de croissance?

- En Europe, on a assisté à une convergence des évaluations à l'intérieur des secteurs et entre eux. On peut acheter aujourd'hui, pour un prix presque comparable, des sociétés qui réaliseront une plus forte croissance.

- Quel secteur mettez-vous en avant?

- J'achète des titres européens actifs dans les énergies renouvelables, ils représentent près de 10% du portefeuille. Je ne le fais pas pour des raisons éthiques mais pour des raisons financières. La première position du fonds est la société espagnole Acciona. Elle est active dans les éoliennes, le portefeuille détient aussi, dans ce même domaine, Gamesa. C'est un secteur où les barrières à l'entrée sont élevées et où les retours sur investissement seront très importants. En termes d'évaluation, elles sont beaucoup moins chères que les valeurs de l'énergie solaire cotées en Allemagne, qui se traitent à 40 fois les bénéfices, je suis un peu mal à l'aise avec de tels prix.

J'achète aussi des sociétés actives dans le bioéthanol et le biodiesel. Les directives de l'Union européenne soutiennent ce secteur qui pourra à la fois aider à résoudre les problèmes de l'agriculture et diminuer la facture énergétique. Le plus grand risque que courent les énergies renouvelables serait un recul important du prix du pétrole.

- Vous détenez aussi des pétrolières, comme BP?

- Je suis légèrement surpondéré dans le secteur, il n'est pas incompatible avec les énergies renouvelables. BP est bien gérée et elle est assez bon marché. Elle rendra 60 milliards de dollars aux actionnaires ces prochaines années.

- Quel modèle d'évaluation utilisez-vous?

- Je ne suis pas partisan des modèles extrêmement précis, développés sur 20 pages. L'évaluation relève simplement du bon sens. Il s'agit de comparer le multiple des bénéfices avec leur croissance. Dans le cas d'Acciona, par exemple, si l'on retire les participations cotées de l'entreprise, le solde ne se traite qu'à 12 fois les bénéfices alors que ces derniers progresseront de 20% par an d'ici à 2012.- Le secteur financier est le plus représenté dans le fonds, pourquoi?

- Il a, dans le portefeuille, un poids comparable à celui qu'il a dans l'indice. J'ai augmenté l'importance des assurances, surtout les assurances vie. Je suis impressionné par les taux de croissance, elles vendent aujourd'hui des produits plus rentables.

Du côté des banques, je pense que les bénéfices progresseront plus rapidement que ce qu'anticipe le marché, elles ont encore des gains de productivité à réaliser. Je suis plus particulièrement présent sur les banques allemandes. Dans ce pays la concurrence était particulièrement vive. Les banques régionales, Landesbank, pouvaient prêter avec de très faibles marges. Elles étaient garanties par l'Etat, comme elles ont perdu cet atout, elles doivent renforcer leurs marges, ce qui profite à leurs concurrentes.

Je détiens UBS, un titre qui était déjà présent dans le portefeuille avant mon arrivée, mais je l'aurais volontiers acheté s'il ne l'avait pas été. Le multiple des bénéfices sur l'année 2007 est tout à fait raisonnable, alors que ce groupe réalise une croissance impressionnante. Leurs investissements dans la banque privée sont prometteurs, vous le voyez, nous n'hésitons pas à acheter des concurrents de la banque Syz.

Publicité