Sommet du G20

Les questions faciles et celles qui fâchent

Si un compromis sur les bonus est possible, les Etats sont divisés sur les nouvelles normes de surveillance des marchés financiers

Au Sommet de Londres du 2 avril dernier, les chefs d’Etat et de gouvernement des 19 plus grandes économies, Union Européenne comprise, ont annoncé une réforme fondamentale de l’économie et de la finance. Cinq mois plus tard, les 24 et 25 septembre, le G20, complété de cinq pays invités, se réunit à Pittsburgh.

Depuis Londres, la bourse s’est reprise, mais l’emploi a encore plongé. Le vent de la réglementation s’est aussi imposé et a gagné en intensité. Il a d’abord soufflé sur la Suisse et sur les centres financiers fiscalement attractifs. Puis sur les bonus. Les affrontements entre dirigeants européens et américains cachent un dialogue soutenu entre les autorités de surveillance et de réglementation. Des résultats concrets peuvent aujourd’hui être présentés, même si nombre de dossiers ne devraient aboutir qu’en 2010 ou plus tard sans doute. Leurs effets dépendront toutefois de la volonté de faire fi des intérêts particuliers.

Le «Financial Stability Forum», établi en avril et chargé de coordonner ces efforts, vient de livrer son rapport sur les «progrès» de la discussion. Cela peut paraître singulier. Car si les analyses des causes de la crise sont loin de faire l’unanimité, des mesures sont prises et des règlements sont en préparation. Petit inventaire des réformes.

Bonus: le compromis?

Les banques ont obtenu un soutien évalué à 8955 milliards de dollars; il n’est dès lors pas permis de les laisser agir comme si rien ne s’était produit. Les autorités ont donc relevé le niveau minimum de fonds propres des banques et limité leur endettement (levier). La discussion sur les bonus des dirigeants de grandes banques s’inscrit dans ce cadre-là. Car la part du bénéfice distribuée aux bonus équivaut à une réduction des fonds propres. Le G20 devrait imposer des règles contraignantes à ce sujet. Mais le désaccord est manifeste entre la France et les Etats-Unis. Un compromis reste toutefois possible.

Plus de fonds propres

Le relèvement des fonds propres des grandes banques répond directement aux préoccupations apparues lorsqu’un groupe financier est si grand, et si complexe, que l’Etat ne peut le laisser faillir («too big to fail»). Cet «aléa moral» a été mis en évidence par la faillite de Lehman Brothers. L’Etat est intervenu pour «sauver le système». Or, une banque doit pouvoir faire faillite sans provoquer l’arrêt de l’économie. Mais étrangement, à Pittsburgh, la question de la taille des grandes banques et de l’aléa moral n’est plus au cœur des préoccupations. Le débat se poursuit hors des circuits politiques. Thomas Hoenig, président de la Réserve fédérale de Kansas City, fait figure d’iconoclaste lorsqu’il critique une «oligarchie d’intérêts» et demande d’abolir l’aléa moral. Car les 20 plus grandes banques détiennent 70% du système bancaire. Un débat tenu à Zurich la semaine dernière a encore souligné la nécessité d’une solution globale et montré l’étendue des obstacles pratiques. Comment inciter les grandes institutions à se décloisonner? Faut-il les transformer en services aux collectivités pour s’assurer de leurs fonctions?

Normes et dérivés

Le dossier des normes comptables, critiquées pendant la crise pour leur caractère pro-cyclique, avance par contre sans opposition. Entre les Etats-Unis, l’Europe et les pays émergents, la convergence croît rapidement. Le standard final sur la «juste valeur» sera présenté au début de 2010, celui sur les affaires hors bilan au deuxième semestre de l’année prochaine.

Il en va de même des dérivés de gré à gré, ces «armes de destruction massive» pour reprendre l’expression de l’investisseur Warren Buffett. Sans transparence des volumes et des contreparties, le risque est trop élevé. Sur ce marché de 592 000 milliards de dollars, soit 8,3 fois le PIB mondial, les autorités définissent les incitations qui poussent les banques à les transférer dans des chambres de compensation. Les autorités progressent à grands pas. Mais les réformes renchérissent les transactions si bien qu’une grande partie des dérivés échapperont au processus. Les intérêts sont considérables. Non seulement chaque banque, mais aussi chaque autorité de surveillance régionale défend ses acquis.

Un conseil du risque?

A l’inverse, la recherche d’une autorité de supervision des risques financiers est combattue des deux côtés de l’Atlantique. Qui définit le risque systémique? Qui estime ce qui est risqué, plus risqué, très risqué? Et qui décide de s’attaquer à une éventuelle forte hausse des cours? En Europe, Jacques de Larosière, l’ancien directeur du FMI, est l’auteur du rapport destiné à identifier, évaluer et combattre les risques financiers. Il a le soutien de Nout Wellink, le très influent président du Comité de Bâle. Mais rien n’est encore fait car la critique est facile: en 2006 et 2007, les organisations internationales et les banques centrales n’avaient guère tiré la sonnette d’alarme. Selon Axel Leijonhufvud, professeur à l’Université de Trente, «le Conseil du risque systémique ne fera guère de mal, sauf si des responsables politiques croient naïvement que sa création réduit le risque de futures calamités.» A l’entendre, mieux vaut se pencher sur l’effet de levier dans le système, sur des institutions trop complexes, trop grandes et hautement interconnectées.

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