Coauteur d'une toute récente étude internationale sur l'implication de la personnalité des CEO sur la bonne marche des affaires*, John Antonakis livre au Temps son éclairage sur la question.

Le Temps: Comment expliquer le taux de rotation élevé des dirigeants suisses en comparaison internationale?

John Antonakis: Il y a beaucoup de CEO étrangers dans les grandes entreprises basées en Suisse, contrairement à la France ou à l'Angleterre où l'on recrute des dirigeants locaux. Et des études ont démontré que leur taux de rotation double par rapport aux PDG locaux. Les expatriés ont l'habitude de bouger et apprécient les nouveaux défis. Parfois, ils ne sont pas préparés au choc culturel. Ou leur style n'est pas en adéquation avec les valeurs du pays qui les accueille. D'autre part, des études ont démontré que le taux de succès des expatriés était très bas. La moitié d'entre eux sont en échec.

- Il semble que ce tournus n'a guère d'impact sur la marche des affaires...

- Je nuancerais. Si le CEO a beaucoup de pouvoir, il peut faire tourner les choses en bien ou en mal. L'effet du leadership est très important. Notamment sur le rendement à la bourse par rapport à la valeur comptable estimée de l'entreprise. L'image du dirigeant compte énormément pour la confiance des investisseurs. Plus le leader est charismatique, plus l'entreprise est attrayante. Par contre, un tournus élevé de dirigeants peut ternir la réputation d'une entreprise sur les marchés financiers. Cela dit, l'effet d'un changement de direction n'est pas évident immédiatement. Il faut du temps pour que la nouvelle stratégie déploie ses effets, parfois jusqu'à deux ans.

- Quel est le rôle des cadres supérieurs et moyens dans ce contexte?

- Ils sont pris dans un étau. Ils relaient la vision du CEO vers le bas. Et, dans le même temps, ils sont les garants d'une certaine stabilité au sein de l'entreprise en cas de tournus élevé. Ils doivent gérer ce paradoxe en permanence. Les gens qui entourent le PDG sont très importants. Ils permettent que la stratégie du patron soit comprise par les échelons inférieurs. Ils mettent en place les procédures nouvelles. Ils jouent un rôle de pivot. Si le CEO change tout le temps, ils sont soumis à un stress important.

* «Does CEO personality matter?» Philippe Jacquart et John Antonakis, Université de Lausanne, 2008.