Le Temps: La croissance du PIB japonais a été revue à la baisse au 2e trimestre, alors que les économistes s'attendaient à une révision forte en hausse. Simple accroc dans une reprise durable, ou faux espoir de plus pour les investisseurs?

Makiko Zuercher Hosaka: La situation est favorable cette fois, pour trois raisons. Premièrement, la qualité des bénéfices des sociétés a nettement progressé. Ensuite, le secteur bancaire consolidé et débarrassé d'une bonne partie de ses crédits à risques joue à nouveau son rôle de prêteur. Enfin, les entreprises se sont ouvertes aux demandes des actionnaires. Cette ouverture vaut aussi pour les investisseurs étrangers: dès 2006, il sera possible d'acheter des sociétés japonaises par échange d'actions, alors que seul un paiement en cash était autorisé jusqu'ici.

– La consommation privée tarde pourtant à redémarrer?

– Les consommateurs restent prudents, mais je pense que c'est temporaire. La demande domestique va prendre le relais des exportations pour soutenir la croissance. C'est déjà le cas des entreprises, qui doivent maintenant renouveler leur parc de machines ou leurs bâtiments. On observe aussi que le prix des terrains a cessé de chuter et que les loyers tendent même à remonter au centre de Tokyo et d'Osaka.

– La Chine est devenue un marché et un centre d'investissement importants pour le Japon. Quels sont, pour ce dernier, les risques d'un brusque ralentissement de l'économie chinoise?

– Malgré les mesures d'austérité prises par Pékin, la zone côtière, où se concentrent beaucoup d'exportations et d'investissements japonais, continue de croître à un rythme d'environ 10% par an. Les besoins d'équipements en infrastructures restent énormes, et le Japon possède à cet égard des avantages de proximité évidents. Pour en citer deux, le fait que les deux pays partagent les mêmes idéogrammes favorise l'industrie japonaise, informatique notamment. Et le fait que de nombreux téléspectateurs chinois captent les programmes télévisés japonais les familiarise en priorité avec les produits du voisin.

– Pour en venir à votre fonds, le Clariden Japan Equity (CJE), vous en gérez la moitié tandis que l'autre partie est confiée à une société de gestion indépendante, Sparx Asset Management. En quoi vos approches se complètent-elles?

– Sparx se spécialise dans les petites et moyennes capitalisations, visite les entreprises, examine attentivement la qualité du bilan et du management ainsi que la compétitivité des produits, puis achète si elle est convaincue. C'est une pure approche «bottom-up». Pour ma part, je travaille plutôt sur une base d'allocation globale d'actifs en sélectionnant des secteurs porteurs. Cette combinaison de «stock picking» et d'approche générale fait notre spécificité.

– Après trois années dans le rouge, votre fonds a fait mieux que l'indice en 2003 (+26,1%, contre 25,2%) et au premier semestre 2004 (+10,6% contre 8,9%). A qui faut-il attribuer ces résultats: à vous ou à Sparx?

– Cela dépend des périodes. Au début de l'année 2004, Sparx a fait mieux, les petites et moyennes capitalisations réalisant des résultats sensiblement supérieurs à ceux des grandes. Au deuxième trimestre, mes résultats étaient meilleurs. Je note que cette année, les deux moitiés du CJE figurent dans le quart supérieur du classement des fonds en termes de performance.

– Quels sont actuellement vos secteurs de prédilection?

– D'une manière générale, je m'intéresse aux secteurs défensifs. Je suis positive sur l'énergie, ainsi que sur les banques, actuellement sous-évaluées, et les constructeurs automobiles – y compris les fabricants de composants. Je reste neutre sur les valeurs technologiques et prudente sur celles liées à la communication, dont les marges sont soumises à une forte pression.

Fiche signalétique

Nom du fonds: Clariden Japan Equity Fund

No de valeur: 708 160

Promoteur: Clariden Bank

Domicile: Guernesey

Date de création: 10.01.76

Monnaie de référence: yen

Po. de distribution: accumulation

Taille: 11 071 millions

de yens

VNI: 268 565 yens

Perf. annualisée sur 5 ans: – 8,1%

TER: 2,33%

Principales positions: Toyota (2,7%), Mizuho Fin. Group (2,3%), Sumimoto Mitsui Fin. Group (2,0%), Bandai Co. (1,9%), Komatsu (1,8%)