Patrick Rieter gère un fonds de petites et moyennes capitalisations suisses sous le nom de Global Estate Managers (GEM), la holding fondée par Robert Pennone et Bénédict Hentsch. Lancé le 1er avril, le fonds enregistre une performance de 15%. Avant de fonder la société de gestion Rieter Fischer Partners, Patrick Rieter gérait le fonds Asselsa de petites et moyennes capitalisations jusqu'en octobre 2004. Il bénéficie d'une expérience de 20 ans dans la gestion de valeurs suisses. Depuis qu'il a reçu le feu vert de la CFB en avril, le fonds GEM Small & Mid Caps Switzerland a levé 60 millions de francs à ce jour. L'administrateur du fonds est Fidfund, une société de l'ancien groupe Pennone & Partners aujourd'hui intégrée dans GEM.

Le Temps: Vous avez lancé ce fonds en petites et moyennes valeurs suisses le 1er avril dernier. N'est-ce pas déjà un peu tard après le long rally qu'a connu ce segment?

Patrick Rieter: Mon partenaire et moi avons lancé notre propre société en janvier, et attendu encore trois mois avant d'avoir le feu vert des autorités pour ce fonds. Mais cela fait 20 ans que nous gérons des actions du marché suisse. Ce fonds est parti de zéro, pour lever 60 millions de francs en l'espace de trois mois. Certes, il n'a pas profité du rally écoulé. Mais nous sommes loin de penser que l'appréciation des petites valeurs est terminée, et sommes convaincus que ce segment va encore surperformer le marché suisse. Pour combien de temps? Pour aussi longtemps que nous dénicherons des opportunités. Nous adoptons en effet une approche sélective basée sur une gestion active. Notre style d'investissement est très ciblé: nous n'achetons pas l'indice de référence. En conséquence, nous sélectionnons entre 18 et 25 titres sur un univers de 190-200 valeurs. Actuellement, nous avons exactement 22 positions. La sélection se fait sur la base d'une analyse fondamentale et sectorielle internationale. Phonak est actuellement notre plus grosse position. Avant de l'acheter, nous avons examiné les perspectives du secteur à l'échelon mondial.

– Quels critères d'évaluation des titres utilisez-vous le plus?

– Nous nous basons principalement sur une analyse qualitative en visitant des sociétés, en rencontrant les membres du management, du conseil d'administration, et en parlant aux clients. Ces facteurs tels que la compétence des dirigeants, le cycle d'innovation des produits et la stratégie sont plus importants pour nous que les comptes financiers. L'aspect quantitatif, le «number crunching», est le travail des analystes financiers, que nous connaissons et avec lesquels nous travaillons depuis longtemps. Lorsqu'une société est peu suivie, nous effectuons notre propre analyse avec un modèle d'évaluation propre. Mais notre véritable valeur ajoutée reste le contact avec le management. Nous sommes perpétuellement en train de faire le tour de la Suisse. Dès lors, nous dénichons toujours des sociétés peu analysées par le marché et qui recèlent donc des opportunités. Lorsque nous sommes convaincus, nous achetons de grosses positions, soit jusqu'à 10% du fonds. Les cinq principales positions atteignent 35-40% du fonds.

– Une société au management de très bonne qualité ne peut-elle pas être malgré tout surévaluée par rapport à sa «fair value»?

– Nous ne calculons pas de «fair value» (ndlr: juste prix calculé par les analystes). De même, nous n'achetons pas et ne vendons pas sur la base des «fair values». Nous avons par exemple acheté Phonak à 15 francs. A l'époque, la fair value était peut-être 25 francs. Mais le titre vaut aujourd'hui 50 et pourrait bien atteindre 60. Les fair values sont donc un objectif mobile. C'est pourquoi nous achetons sur la base d'un jugement plus qualitatif que financier et surveillons la société constamment, dans le but de rester investis pour 3 à 4 ans. Pendant cette période, la faire value tendra à varier, et si elle s'ajuste à la hausse cela ne fera que refléter les performances du management.